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En Grèce, la situation se dégrade pour les demandeurs d’asile

Les rapports dénonçant la dégradation de l'accueil et de la prise en charge des demandeurs d'asile en Grèce se multiplient. Les institutions européennes alertent sur les violations quotidiennes des droits humains et sur la situation humanitaire dans les centres d'accueil et d'identification sur les îles grecques.

Malgré une baisse importante des arrivées irrégulières en Grèce depuis le pic de 2015 (856 700 arrivées), ce chiffre s’est accru en 2018 passant de 35 400 arrivées en 2017 à 50 500 arrivées. Cette hausse se constate autant sur la voie maritime qu’à la frontière terrestre gréco-turque. Le nombre de morts et de disparus a également augmenté passant de 59 à 187 personnes. Malgré la mise en œuvre de la déclaration entre l’Union européenne (UE) et la Turquie depuis trois ans, la situation en Grèce reste particulièrement critique voire se dégrade pour les demandeurs d’asile et les migrants maintenus dans les hotspots sur les îles grecques.

 

Si la déclaration UE-Turquie est toujours soutenue et saluée par les autorités de l’UE pour avoir mis fin aux flux migratoires irréguliers, amélioré les conditions de réception des réfugiés en Turquie et mis en place des voies légales d’accès pour les Syriens, l’accueil en Grèce est loin de s’améliorer. Un récent rapport de l’Agence de l’UE pour les droits fondamentaux (FRA) propose une mise à jour des recommandations établies en 2016 sur le respect des droits dans les hotspots en Grèce et en Italie. Sur les 21 opinions publiées par l’Agence en 2016 pour les deux Etats membres, seules trois ont été correctement traitées, huit l’ont été sans amélioration significative, et aucun progrès n’a été constaté sur les dix recommandations restantes. La prise en charge des demandeurs d’asile reste aujourd’hui très précaire sur les îles grecques, passage obligé depuis la mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie. Le service grec de l’asile enregistre toutes les demandes de protection internationale au sein des hotspots.

 

Tous les demandeurs d’asile ont l’obligation de rester dans ces centres jusqu’à la fin de la procédure d’asile, incluant la phase d’appel, sauf pour les personnes vulnérables et les cas de réunification familiale dans le cadre du Règlement Dublin. La moyenne d’attente pour les demandeurs d’asile sur les îles grecques est de 5 mois, et le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que 200 personnes sont en attente sur les îles depuis 2016.  Pour les personnes vulnérables, les délais d’attente avant d’être transféré sur le continent grec sont également longs. Il faut en premier lieu attendre l’entretien d’évaluation de la vulnérabilité, puis le temps de transfert si la vulnérabilité est avérée qui est souvent retardé par le manque de places sur le continent grec. Le manque de dispositifs médicaux, de travailleurs sociaux, d’interprètes crée des délais importants ce qui rallonge la durée de séjour des demandeurs d’asile dans les hotspots, vulnérables ou non. En outre, les conditions de vie précaires au sien de ces centres créent des situations de vulnérabilité qui peuvent s’ajouter à celles déjà existantes pour certains demandeurs d’asile.

 

La Commission des migrations du Conseil de l’Europe a récemment alerté sur la situation humanitaire des demandeurs d’asile dans les centres d’accueil et d’identification de Lesbos, Samos et Chiros. Les équipements sanitaires sont inadaptés, un grand nombre de personnes sont hébergées dans des tentes, l’accès à l’alimentation est insuffisant et les services de santé sont inexistants. La situation sur l’île de Samos est particulièrement dégradée avec 3 700 personnes présentes pour une capacité de 700 places. La dégradation des conditions de vie alimente les tensions et les protestations de la part des demandeurs d’asile et des communautés locales. La Commission appelle la Grèce à revoir la pratique consistant à conditionner le transfert de demandeurs d’asile vers la Grèce continentale à une situation de vulnérabilité ou à un état de santé grave. La protection des femmes et des mineurs non accompagnés contre les violences est également un point essentiel. En outre, les autorités turques sont appelées à accroître leurs efforts dans la lutte contre les trafiquants d’êtres humains et les passeurs.

 

Suite à une visite en Grèce en avril 2018, le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe (CPT) a également souligné dans un récent rapport la nécessité de mettre en place une approche européenne et coordonnée pour faire face à l’arrivée massive de ressortissants étrangers en Grèce. Il rappelle que les étrangers privés de liberté, incluant les demandeurs d’asile et les migrants au sein de hotspots, doivent être traités avec humanité et dignité. Le CPT a notamment reçu des allégations selon lesquelles la police aurait infligé des mauvais traitements à des ressortissants étrangers retenus dans la région d’Evros et dans le centre de rétention de Moria sur l’île de Lesbos, et lors d’opérations de refoulement vers la Turquie au niveau du fleuve Evros. Le CPT a recommandé une nouvelle fois aux autorités grecques d’augmenter considérablement le nombre de foyers ouverts ou semi-ouverts spécialement destinés aux mineurs isolés et de revoir leur politique de rétention pour ces enfants, que ce soit aux fins d’accueil et d’identification ou « à titre de protection ». Les autorités grecques nient toutes opérations de refoulement et soulignent qu’à l’issue des enquêtes sur les allégations d’éloignements non officiels et de mauvais traitements par la police, aucune responsabilité disciplinaire de la police hellénique n’a été établie. Les autorités invoquent l’augmentation de la pression migratoire au moment de la visite du CPT en réponse aux mauvaises conditions de rétention dans la région d’Évros.

 

Selon la FRA, l’approche hotspot appliquée en Grèce ces trois dernières années renforcée par la déclaration UE-Turquie et le maintien voire l’augmentation des arrivées vers les îles grecques a démontré qu’elle n’était pas soutenable à long terme pour le respect des droits fondamentaux. L’accueil des migrants et des demandeurs d’asile à la frontière dans le respect de leurs droits et du régime d’asile européen commun ne sera possible que si les dispositifs ont une capacité d’accueil et d’accompagnement à la hauteur du nombre des nouveaux arrivants. Pour cela, l’UE et les Etats membres doivent non seulement soutenir la Grèce dans ses dispositifs sur place, mais aussi mettre en place des mesures de solidarité européenne, et développer des voies légales d’accès pour les personnes en besoin de protection internationale.