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Dans les Balkans, la protection défaillante des demandeurs d’asile

Dans les Balkans, les arrivées de migrants étaient en forte hausse en 2018. Les demandeurs d’asile y sont confrontés à la violence et aux refoulements à la frontière, ainsi qu’aux nombreuses défaillances des systèmes d’asile dans les Etats concernés, pour certains membres de l’Union européenne.

Dans son rapport d’avancement sur l’Agenda européen en matière de migration de mars 2018, la Commission européenne relève que les déplacements irréguliers au sein des Balkans occidentaux sont quatre fois plus importants en 2018 qu’en 2017. Ce constat est confirmé par les analyses du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui note un nombre plus élevé de migrants au départ de la Grèce et de la Bulgarie qui essaient de rejoindre un Etat membre de l’Union européenne (UE) par la Bosnie-Herzégovine. La route principale est celle reliant la Serbie à la Bosnie Herzégovine avec 24 000 arrivées irrégulières enregistrées dans ce pays en 2018. La majorité des migrants sont originaires du Pakistan, d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, et de Syrie. Deux routes migratoires se distinguent sur la région : celle vers le nord depuis la Grèce via l’Albanie et le Monténégro, et celle depuis la Serbie vers la Hongrie par les zones de transit dont l’accès est encore plus restreint qu’en 2017. Parmi les migrants, le HCR alerte sur le nombre plus élevé de mineurs non accompagnés au second semestre 2018 sur cette route. Difficiles d’accès pour mettre en place des interventions ciblées ou les informer, ces mineurs se dirigent rapidement vers la frontière occidentale vers l’Italie et la France. Le constat est également le même en Serbie où le HCR observe également une augmentation du nombre de mineurs non accompagnés, dont une majorité d’Afghans, arrivant par la Bulgarie et l’ex-République yougoslave de Macédoine. L’offre de services reste insuffisante pour ces mineurs, souvent hébergés avec des adultes dans des centres d’asile. La vulnérabilité extrême de ces jeunes les expose à d’importants risques d’exploitation et de traite des êtres humains.

 

Les violences aux frontières et les opérations de refoulement sont également importantes dans la région. Le HCR déplore des cas fréquents de renvoi en Bosnie-Herzégovine, en Croatie, en ex-République yougoslave de Macédoine, en Grèce, en Hongrie, en Roumanie, en Serbie, et en Slovénie. Des rapports d’associations internationales telles que Save the Children  et Human Rights Watch dénoncent et étayent les actes de violence et de renvoi commis par la police croate et l’impossibilité de déposer une demande d’asile dans le pays. Une situation qui a attiré l’attention de la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe qui a appelé en septembre 2018 la Croatie à enquêter sur les allégations d’expulsions collectives de migrants et de violences policières. 2 500 migrants auraient notamment fait l’objet d’expulsions collectives depuis le début de l’année 2018. Parmi eux, 1 500 ont déclaré ne pas avoir pu déposer une demande d’asile, dont 700 ont indiqué avoir été victimes de violence et de vol par les autorités durant leur expulsions. Ces violations ont également été dénoncées par le Défenseur des droits croate dans son rapport annuel de 2017, sans obtenir de réponse de la part des autorités nationales après ces interpellations. 

 

L’augmentation des flux migratoires dans les Balkans a appelé à une plus grande mobilisation des autorités, des organisations de la société civile et des organisations internationales pour répondre aux besoins des migrants et des demandeurs d’asile. Selon le HCR, sur plus de 22 100 personnes ayant exprimé leur intention de demander l’asile en Bosnie-Herzégovine en 2018, seules 7% ont déposé une demande d’asile par la suite. En fin d’année, l’organisation onusienne estime à 5 200 le nombre de réfugiés et de migrants restés dans le pays. En Serbie et en Albanie, les chiffres démontrent le même constat avec respectivement 4% de demande d’asile sur les 8 500 ayant exprimé leur intention de demander l’asile, et 1% sur 4 000. La situation humanitaire dans ces pays de transit est particulièrement critique et les lacunes des systèmes d’accueil et de protection sont criantes. Le canton d’Una Sana dans le nord-ouest de la Bosnie-Herzégovine est le plus connu : plus de 5 000 personnes y ont improvisé des campements faute de places dans les deux seuls centres publics d’accueil pour demandeurs d’asile et réfugiés dont dispose le pays (capacité de 400 places). Un nouveau centre d’accueil a été ouvert à Una Sana pour 26 familles les plus vulnérables.

 

Cependant, le soutien apporté par l’UE en Bosnie-Herzégovine et pour les Etats non membres se concentre avant tout sur le contrôle des frontières et le renforcement de la présence de l’Agence de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex). C’est le mot d’ordre de la Commission européenne  : « il est essentiel d’apporter un soutien aux pays tiers et de coopération avec eux pour protéger les frontières extérieures de l’Union ». Les autorités européennes ont réinvesti les cadres de coopération avec les pays de la région afin de renforcer le contrôle des frontières et des flux migratoires. La Commission européenne a ainsi négocié des accords pour renforcer les relations de travail et déployer des équipes dans le cadre d’opérations conjointes avec l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro. Lors du sommet UE-Balkans occidentaux à Sofia en mai 2018, les enjeux migratoires et de sécurité étaient encore au cœur de l’agenda. La nécessité d’appuyer les pays de la région dans le renforcement de leur capacité d’identification, d’accueil et de protection des migrants et des demandeurs d’asile est actuellement absente des politiques européennes. Les pays à la frontière extérieure de l’UE, partenaires proches mais pas Etat membre, pays de transit et pas « pays de première entrée », ne sont pas réglementés par le régime d’asile européen commun et aux obligations y afférant, mais aussi aux potentiels cadres de soutien dont ils pourraient bénéficier, par exemple de la part du bureau européen de soutien en matière d’asile (EASO). Cependant, la situation de la Croatie, membre de l’UE et donc liée aux engagements européens en matière d’accueil et de protection, est alarmante et fait une nouvelle fois écho aux limites du système européen à pénaliser les Etats membres qui violent les droits fondamentaux des personnes en besoin de protection.