Comment les réfugiés intègrent-ils le logement et l'emploi dans leur stratégie d'insertion ?
Thématique
Constats et questionnements de départ
Qu’ils maîtrisent ou non le français et quel que soit leur pays de provenance, arrivés en France les réfugiés sont confrontés à l’opacité de nos circuits administratifs et au manque de réseau. Par effet induit, la réduction de la durée légale en Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA), due surtout à la réduction des délais d’instruction des demandes d’asile, va aussi réduire la période d’immersion. La déperdition de l’effort des réfugiés pour trouver un logement, une formation ou un travail à la sortie du centre d’hébergement est un phénomène bien connu des travailleurs sociaux. Souvent livrés à eux- mêmes, il était pertinent de proposer aux réfugiés statutaires un dispositif d’appui susceptible d’accroître leurs chances de se stabiliser dans une situation qui leur permette de recouvrer une « existence normale ».
Solutions existantes ou expérimentées
Les solutions expérimentées par AccelAIR sont de trois ordres :
- Installer une Cellule d’appui destiné à jouer l’interface entre la fin de l’hébergement (Dispositif national d’accueil) et les différents services dédiés à l’insertion sociale et professionnelle. Cette cellule est installée dans les locaux de Forum réfugiés et une équipe de conseillers(ères) est chargée du fonctionnement au quotidien,
- Instaurer un partenariat qui soit capable d’améliorer la fonction de prescription. Ce principe a bien fonctionné. Il a produit deux Commissions, l’une pour l’attribution des logements et l’autre pour l’attribution des mesures d’aide à l’emploi ou à la formation,
- Par ailleurs, des actions de bilan et des formations associant du Français langues étrangères (FLE) dans les stages de l’Afpa sont deux initiatives qui ont facilité le travail du Service public pour l’emploi,
- Ajuster le contenu des actions de droit commun aux particularités des réfugiés . Il est important de rappeler que le dispositif AccelAIR n’a pas vocation à se substituer au droit commun mais d’optimiser les moyens pour faire accéder rapidement les réfugiés aux services publics.
Proposition d’éléments à mettre en débat
Les résultats et les questions à porter au débat s’appuient sur l’analyse de la dynamique des parcours des réfugiés « AccelAIR ». C’est pourquoi, cette contribution au débat présente les facteurs qui influencent la durée de l’insertion; entendue que cet examen porte uniquement sur les ménages ayant obtenu un logement et un emploi, soit 69% des ménages sortants du dispositif.
Voici les sujets proposés en débats :
Faut- il maîtriser le français pour s’insérer ? On dit souvent que ne pas bien maîtriser le français est un handicap majeur mais on constate avec AccelAIR qu’il est possible de trouver à s’embaucher malgré tout : qu’en est- il réellement ? Par ailleurs, l’expérience de l’Afpa a démontré qu’il était possible d’entrer en stage et d’apprendre le français durant la formation de façon concomitante.
Pourquoi les couples accèdent plus vite au logement qu’à l’emploi, et inversement pour les célibataires : s’agit- il d’une stratégie personnelle ou d’un effet induit des pratiques professionnelles et des prescriptions ?
Alexis HADZOPOULOS, Chargé de mission AccelAIR, Lyon Daniel TAILLADE, Directeur du CPH St Exupéry et du CADA Marco Paulo, Miramas Véronique MAUPOINT, Déléguée régionale adjointe, ANAEM Rhône-Alpes, Lyon Albéric DE LAVERNEE, Vice-président, Délégué à l’insertion, Conseil Général du Rhône,Lyon Fatiha MLATI, Directrice du Département Intégration, FRANCE TERRE D’ASILE, Paris
La table ronde a été animée par Gérald JULIEN, Consultant en politique sociale et dirigeant de RGM-Conseil.
Intervenants en salle
Odile HOUVER, Représentante de la Délégation régionale aux droits des femmes, Rhône-Alpes,Lyon Michèle VULLIEN, Maire, Dardilly Jean-Claude CADENET, Chef du Bureau de l’Action Sociale, Culturelle et Territoriale, Direction de la population et des migrations, Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement, Paris Joël MAY, Directeur de la DDASS du Rhône, Lyon
Cette table ronde aborde l’effet des dernières réformes de l’immigration sur la politique d’insertion des réfugiés que les participants analysent sous plusieurs angles dont principalement celui de l’efficacité des pratiques d’accompagnement vers le logement et l’emploi.
Après un bref rappel des composantes et de l’impact du dispositif AccelAIR en matière d’insertion, les débats insistent sur la problématique des interventions envers une population demandeuse d’asile qui ne bénéficie plus de cette longue période d’immersion inhérente à la dizaine de mois d’attente avant la régularisation. Néanmoins, des expériences indiquent qu’il est possible d’intervenir en amont de cette régularisation, tout en respectant la réglementation qui n’autorise pas les démarches d’intégration avant la décision de régularisation. Si l’intervention pendant la procédure de demande d’Asile est reconnue, l’intervention en aval devient de plus en plus primordiale : il s’agit de compenser la réduction de cette fameuse période d’acclimatation, pourtant si décriée avant la réforme de l’Asile. Sur ce point, AccelAIR n’est pas le seul exemple en France. Le programme « Clef de France » porté par France Terre d’Asile présente des atouts tout aussi novateurs, notamment en imaginant des parcours d’insertion avec un effort de mobilité pour permettre aux réfugiés de choisir des régions moins soumises aux crises du logement et de l’emploi. Mais cette option implique un travail concerté avec les communes accueillantes, sans quoi des perturbations peuvent contrecarrer les initiatives, comme l’explique Madame le Maire de Dardilly.
De ces échanges, le lecteur retiendra deux points saillants : l’importance de territorialiser les dispositifs d’intervention pour décloisonner les compétences devenues conjointes entre l’État et les Départements et la nécessité d’éviter de séquencer les différents aspects de l’accompagnement vers le logement et l’emploi ou la formation. Mais retenons aussi une aggravation des difficultés à stabiliser l’installation des femmes réfugiées victimes d’une double discrimination (par l’origine et par le sexe) et pour les réfugiés dont l’usage du français est mal maîtrisé, malgré les modules linguistiques.