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Témoignage d'une femme réfugiée syrienne

Maria, arrivée en France en 2010 et réfugiée depuis 2 ans témoigne :

« Il y a tellement d’obstacles pour venir se mettre en sécurité en France. Moi et mon petit de 9 ans on a eu tellement peur dans le camion avec les passeurs. Et puis j’ai bien cru perdre mon autre fils dans le naufrage du bateau à Izmir… Il faut que l’Europe aide les Syriens. Je sais que la France a un grand cœur. »

Maria a décidé de fuir la Syrie avec trois de ses fils, Milat, Blint et le petit dernier de 9 ans après l’emprisonnement puis la disparition de son mari qui était actif en politique. Ils sont d’abord partis en camion jusqu’en Turquie avec des passeurs qui lui ont pris 2 000 euros pour le voyage.

« Une fois en Turquie, le passeur m’a fait comprendre que je ne pouvais continuer qu’avec un seul enfant. J’ai décidé d’emmener le plus jeune avec moi mais c’était horrible de devoir laisser mes deux autres fils se débrouiller seuls. »

 

Maria et Ali sont donc restés sept jours à l’arrière d’un camion remorque avec deux autres familles.

« L’air manquait et on avait très peur, les passeurs nous disaient sans arrêt de nous taire. »

 

Une fois arrivée en France, les passeurs lui ont dit de prendre un taxi et elle est arrivée à Lyon. Elle ne parlait pas français et ne savait pas comment trouver de l’aide.

 

« Mes vêtements étaient tout tachés, je voyais bien que les gens dans la rue avaient peur de nous. »

 

Une dame lui a quand même indiqué l’association Le Mail à Perrache. Là, un interprète lui a expliqué par téléphone qu’elle pouvait avoir confiance en la France. Depuis, son parcours ressemble à celui de beaucoup de demandeurs d’asile : d’hôtels, en foyers temporaires puis en Centre d’accueil des demandeurs d’asile (Cada) le temps de l’examen de sa demande d’asile. Après un refus de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), elle a obtenu le statut de réfugié en décembre 2011.

 

Dès son arrivée en France, la préoccupation de Maria était de retrouver la trace de ses deux fils abandonnés au cours de son exil. Milat avait pu partir en avion depuis la Turquie assez rapidement mais s’est retrouvé à Paris en zone d’attente. Il y est resté 21 jours avant d’être autorisé à entrer en France. Si Maria et Milat ont fini par se retrouver, Blint, lui, n’a pas encore pu quitter la Turquie. Il a fait pourtant plusieurs tentatives et a même cru mourir en septembre 2012 lors du naufrage d’un bateau de pêche au large d’Izmir. Il était monté dans ce bateau à destination de l’Europe mais il a coulé, tuant 61 personnes, dont son cousin.

 

Maria savait que son fils devait prendre ce bateau.

 

« J’ai tellement pleuré en voyant les images à la télévision et en cherchant mon fils dans la liste des survivants. »

 

Lors de cet accident la police turque a confisqué le passeport de Blint. Il n’a aujourd’hui pas d’autre choix que de tenter de quitter la Turquie avec l’aide de passeurs. Mais :

 

« Comme les passeurs savent que je suis en France, ils pensent que je suis riche. Ils demandent 20 000€ pour faire passer Blint. Comment je peux faire avec mes 700 euros de RSA ? »

 

Maria aimerait emprunter cette somme mais elle s’inquiète de la confier à des gens qui pourraient bien disparaitre sans aider son fils. Depuis plusieurs mois, Blint ne veut plus parler à sa mère car il ne comprend pas qu’elle ne l’aide pas davantage. Maria ne sait pas comment va son fils aujourd’hui.

 

Maria a également des filles au Liban et en Turquie. Elle a envoyé une attestation d’hébergement pour que sa fille – qui est en Turquie et qui vient d’accoucher –  puisse obtenir un visa pour venir la voir en France. La réponse de l’ambassade de France est pour le moment négative.

« Je me sens tellement seule en France, je voudrais voir mes petits-enfants. C’est très difficile de penser à quelque chose d’autre que la guerre. Je ne regarde plus la télévision sinon je fais des cauchemars. »

 

Elle est très heureuse d’avoir trouvé Fadia, une amie en France qui la soutient et l’aide beaucoup.

 

Le témoignage de Maria a été recueilli en 2014 à l'occasion de la campagne Europe Act Now qui plaidait pour donner aux réfugiés les moyens de rejoindre l'Europe en toute sécurité, pour protéger les réfugiés qui arrivent aux frontières de l'Europe et pour réunir les familles déchirées par la crise.