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Témoignages et histoires

Le règlement de Dublin pour les tchétchènes

Cette histoire est parue dans le Journal de Forum réfugiés n° 43.

Le cas particulier de Mme K. et de sa fille, arrivées en France le 22 février 2008, reflète de manière concrète les problèmes et les ambiguïtés que peuvent susciter l’application du Règlement n°243/2003, dit « Dublin II ».


Mme K. est Tchétchène, ses problèmes ont commencé à la fin de l’année 2006, alors qu’elle vivait et travaillait à Grozny.


A la suite d’un attentat perpétré par des combattants tchétchènes dans le restaurant où elle travaillait, Mme K. a été accusée de complicité du seul fait qu’elle avait servi ces combattants avant qu’ils ne se fassent exploser.


Arrêtée à plusieurs reprises, détenue pendant plusieurs jours, torturée, frappée et humiliée, Mme K. a vécu depuis plus d’un an dans l’angoisse et le désarroi permanent.


Cela a eu des répercussions terribles sur l’état de santé de Mme K. Hospitalisée à plusieurs reprises sur plusieurs mois, il s’est avéré que Mme K. souffrait d’une maladie nerveuse. Encore aujourd’hui, elle éprouve de grandes difficultés à se déplacer. Epuisée moralement et physiquement par ces arrestations, se sachant recherchée, Mme K. a pris la décision de fuir la Tchétchénie avec sa fille, âgée de 12 ans.


Dès le départ, Mme K. veut aller en France, où son frère a été reconnu réfugié. Etant divorcée de son mari, n’ayant plus ses parents, son frère est la seule figure masculine familiale qui lui reste. Mme K. se sent physiquement très faible, et ne veut pas que sa fille se retrouve seule un jour.


Mme K. et sa fille partent donc de Tchétchénie en train le 27 décembre 2007 en direction de l’Europe. Mais leur voyage se finit rapidement, puisque après deux jours de voyage, soit le 29 décembre 2007, elles sont arrêtées après avoir franchi la première frontière européenne de leur parcours : la frontière polonaise. Amenées au poste de douane de la ville frontière de Tiraspol, on relève les empruntes de Mme K. et on l’oblige à signer un document rédigé en polonais. Mme K. ne sait pas ce qu’est ce document, mais elle comprendra plus tard, lors de son arrivée en France, qu’elle vient de demander, presque à son insu, l’asile politique en Pologne.