L'asile et les réfugiés dans le monde
Les réfugiés environnementaux
Le terme "réfugié environnemental" a semble-t-il été attribué de manière quelque peu hâtive car l’identification de la structure des flux migratoires s’avère en effet plus complexe.
On distingue généralement les personnes déplacées par les conflits, les violations massives des droits de l’Homme et les persécutions (réfugiés inclus), les populations affectées par les catastrophes naturelles et enfin les déplacés du fait de programmes de développement entraînant la destruction de leur lieu de vie traditionnel.
Cependant ces distinctions ne correspondent pas toujours à des situations parfaitement distinctes dans la réalité car les causes de départs sont de plus en plus interdépendantes. Certains réfugiés dits climatiques pourraient en effet être protégés par la Convention de Genève de 1951 voire la Convention de l’OUA de 1969 pour les réfugiés en Afrique dont le champ de protection est plus large, de même que certains d’entre eux appartiennent à la catégorie des personnes déplacées où sont couvertes par différents instruments liés à la protection des personnes victimes de catastrophes naturelles.
Ainsi, avant d’ajouter une couche supplémentaire au mille-feuille législatif il convient d’examiner au regard des différents scenarii possibles ceux pour lesquels il y aura effectivement une absence de protection.
Le HCR estime ainsi que s’il est légitime de s’interroger sur le besoin de nouveaux instruments juridiques il convient au préalable d’examiner les vides de protection. S’il est vrai que la protection des autres populations que les réfugiés relève d’instruments plus aléatoires et parfois insuffisants, la seule véritable inquiétude quant à un réel vide de protection semble concerner l’accroissement potentiel de « l’apatridie climatique ».
Ainsi, la disparition totale de l’habitat de certains îliens du Pacifique Sud, comme ceux des îles Tuvalu nécessitera de fait la mise en œuvre de programmes de réinstallation. Ne sachant donc pas aujourd’hui définir clairement la notion de migration environnementale on ne saurait dès lors encore moins, s’accorder sur l’adoption d’un instrument juridique de protection.
Par conséquent, la création d’un nouveau statut de « réfugié climatique » paraît pour le moins précoce et une renégociation de la Convention de Genève -afin d’y ajouter un motif « environnemental » d’inclusion- risquerait par ailleurs selon le HCR de l’affaiblir dans le contexte actuel.
Au-delà de la focalisation sur le débat juridique qui semble monopoliser l’attention, un examen des effets du changement climatique révèle en outre un impact particulièrement nocif sur la situation sécuritaire et donc sur le déracinement forcé. L’inégalité d’accès et de redistribution des ressources renforcée par la spirale dépressionniste et conjuguée à un contexte marqué par la crispation identitaire , des Etats faibles, pauvres, autoritaires et souvent corrompus constituent en effet les ingrédients d’une alchimie particulièrement explosive. Lorsque l’inégalité d’accès aux ressources correspond à des différences communautaires, ethniques ou religieuses, le potentiel de violence est accru car ces inégalités font obstacle à la cohésion entre individus vivant sur le même territoire. La nouvelle compétition engendrée par le réchauffement global risque d’engendrer des conflits armés et des déplacements massifs en série dans lesquels la migration devient elle-même un facteur d’instabilité.
102 pays pourraient ainsi être affectés par ce type de violences. Le Darfour, la Côte d’Ivoire où l’Ouganda sont régulièrement cités et sont assez symptomatiques de ces possibles guerres de demain. Le déplacement forcé constituera un des éléments centraux des années à venir d’autant qu’à la prolifération des causes conflictuelles va se superposer l’augmentation de la population mondiale qui atteindra vraisemblablement son apogée en 2050 avec 9 milliards d’individus. L’enchevêtrement des causes et des conséquences qui risquent de se nourrir les unes des autres appelle à une prise de conscience, une concertation et un examen lucide que le contexte de dépression économique, souvent caractérisé par des phénomènes de repli, pourrait parasiter .


