association loi 1901, fondée en 1982, reconnue d´intérêt général.accord de partenariat avec le HCR, membre du conseil européen pour les réfugiés et exilés.

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Paroles aux partenaires

Eva Ottavy de MIGREUROP

octobre 2011

Migreurop est un réseau euro-africain qui a été mis en place en 2005 et qui regroupe aujourd’hui 38 associations de 13 pays. Le siège de Migreurop se trouve à Paris et emploie deux personnes à temps plein.

Nous avons rencontré Eva Ottavy qui nous a parlé de leur 3e rapport annuel « Aux bords de l’Europe : externalisation des contrôles migratoires » , sorti le 18 novembre 2011 (disponible sur le site Internet).


Sur quels sujets se concentre votre troisième rapport annuel ? Et quelles sont vos principales observations ?

Le réseau s’est tout d’abord concentré sur la frontière irano-turque et sur la ville de Van à l’est de la Turquie, point de passage de nombreux migrants et véritable nasse, ville prison, pour les étrangers s’y trouvant. Migreurop travaille depuis plusieurs années sur la Turquie et ses frontières. Cette nouvelle analyse vient compléter celles sur la frontière gréco-turque des deux premiers rapports annuels du réseau .


Ensuite, Migreurop a focalisé son travail sur les ports européens de la marine marchande et la gestion des passagers dits « clandestins ». Selon la Commission européenne, en 2010, 393 000 personnes n’ont pas reçu d’autorisation d’entrer sur le territoire européen. Plus de 85% d’entre elles sont arrivées par la frontière terrestre, 13% par voie aérienne et 2% (soit 6 704 personnes) par les frontières maritimes. Parmi ces 2%, seule une petite partie arrive dans les ports commerciaux d’Europe.

Alors pourquoi s’intéresser à cette infime partie des arrivées ?

Tout d’abord, la volonté est de faire ressortir une réalité invisible aux yeux des citoyens européens – les médias n'en parlent pas et le sujet ne fait l'objet d’aucune recherche – et ensuite de mettre en lumière la « privatisation des contrôles migratoires » (transfert de responsabilité de l’autorité publique vers des acteurs privés) particulièrement caractérisée dans ces zones, notamment en matière d’enfermement et de renvoi.

Combien de pays couvre ce rapport et comment vous procurez-vous les informations ?

Le travail sur la frontière irano-turque s’est déroulé du côté turc. Les enquêtes relatives aux « passagers clandestins » maritimes ont été menées dans sept États de l’Union européenne et un pays voisin, soit 23 ports au total : Allemagne (Hambourg), Bulgarie (Burgas, Varna), Chypre (Larnaca, Limassol), Espagne (Algésiras, Barcelone, Bilbao, Valence), France (Bordeaux, Caen, Cherbourg, La Rochelle, Marseille, Saint-Nazaire), Italie (Bari, Catane, Gênes, Naples, Palerme, Naples), Maroc (Tanger) et Pays-Bas (Rotterdam). En Belgique, la revue de presse effectuée par la Ligue des droits de l’homme, membre de Migreurop, nous a permis d’avoir des éléments précis relatifs aux « passagers clandestins » interceptés sur les navires arrivant dans les ports d’Anvers et de Zeebrugge.


Les informations ont été récoltées par les membres de Migreurop présents sur le terrain ou connaissant la zone étudiée. Par exemple, dans le cadre de son partenariat avec l’association française Echanges et Partenariats , Migreurop a envoyé plusieurs volontaires, jeunes professionnels, en soutien dans les associations membres ou partenaires du réseau de ces différents pays d’Europe. Leur première mission est le renforcement des liens partenariaux existant entre le réseau et ses structures, mais la plupart ont également contribué à la collecte d'informations sur les ports et sur la frontière irano-turque pour l’une d’entre eux.

Quelles ont été vos dernières missions sur le terrain et notamment concernant la situation dans les pays du Maghreb ?

Migreurop est un réseau regroupant 38 associations et une trentaine de membres individuels (chercheurs et militants) présents dans 13 pays d’Europe et d’Afrique. Les membres sur le terrain diffusent l’information qu’ils recueillent sur place dans le réseau et au-delà. Par exemple, deux associations françaises membres de Migreurop ont réalisé en avril 2011 une enquête à la frontière franco-italienne sur les conditions dans lesquelles les Tunisiens ayant transité par Lampedusa étaient empêchés de circuler . Ainsi, là où sont nos membres, le réseau en tant que tel n’a pas forcément à intervenir directement. Nous pouvons toutefois, sur demande d’un membre, envoyer un volontaire afin de soutenir une activité particulière. Dans ce cadre, le volontaire est souvent également chargé de récolter de l’information sur un sujet donné, défini par l’association membre et le réseau. Les prochains départs de volontaires auront lieu en janvier 2012, en Belgique, en Egypte, en Tunisie, en Géorgie et en Serbie.


Au-delà des 13 pays où le réseau compte un ou plusieurs membres, il reste de nombreux pays à couvrir comme la Tunisie, l’Egypte ou bien encore la Libye. Dans ces régions, les thématiques de travail de Migreurop (étrangers enfermés, externalisation des contrôles migratoires européens) y sont bien présentes. Suite aux mouvements en Tunisie, des membres de Migreurop ont participé à une mission en février 2011. Cette enquête coordonnée par le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) a permis de faire un état des lieux de la situation sur place notamment des départs en bateau de la Tunisie vers l’île italienne de Lampedusa. Plusieurs autres membres du réseau, ou partenaires, ont également réalisé des missions de terrain en Egypte et en Tunisie au cours des derniers mois.


par Suzana Crassard, Chargée des relations extérieures, 06 11 47 01 75