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2009

Les migrants en Calaisis en attendant une solution pragmatique...

La situation médiatisée des migrants du Nord-ouest de la France illustre les difficultés à administrer de manière cohérente les flux de migrants en Europe. Si par nature les flux sont « passants », les frontières géographiques, administratives et juridiques en Europe les bloquent sur certains points de fixation, comme Calais. Dans ce cas précis, les migrants ne peuvent accéder au Royaume-Uni légalement et la Manche rajoute un obstacle géographique, rendant les passages irréguliers extrêmement complexes. Plus largement, cette situation révèle les carences de la politique européenne d’asile et l’inefficience du règlement de Dublin. C’est aussi l’incohérence entre les frontières de l’espace Schengen et celles de l’Union européenne qui est mise en évidence.


Il y aurait aujourd’hui à Calais, entre 400 et 1 200 (Rapport CFDA) personnes en attente d’un passage vers le Royaume-Uni, et plus d’une centaine dans les autres villes de la côte. A Paris, ils seraient plus de 300. 1 500 réussiraient à passer chaque année outre-manche. Parmi eux, on retrouve des migrants Irakiens, Iraniens, Afghans, quelques Palestiniens, Somaliens, Erythréens et Ethiopiens. Il s’agit surtout d’hommes jeunes et isolés.


Pourquoi le Royaume-Uni ?

Etant donné les nationalités il peut paraitre étonnant qu’ils ne demandent pas plus l’asile en France. Leur choix s’explique d’abord par la présence des réseaux familiaux et communautaires au Royaume-Uni et par le fait qu’il s’agit d’une population partiellement anglophone. A cela s’ajoute la difficulté pour ces personnes de remettre en cause leur projet d’exil aux portes de leur destination finale, le Royaume-Uni.


Par ailleurs, les perceptions du niveau d’accueil et des possibilités d’intégration jouent un rôle primordial. Le Royaume-Uni apparaît comme très attractif pour les migrants, que ce soient pour les possibilités de travail, y compris sans titre de séjour, mais également pour l’accueil et la procédure d’asile, alors même que le Royaume-Uni est un des Etats européens qui renvoie le plus les déboutés vers leur pays d’origine et que les demandeurs d’asile peuvent être détenus pendant toute leur procédure d’asile. A l’inverse, la France a mauvaise réputation. Beaucoup de ces migrants pensent que les possibilités d’obtenir le statut de réfugié y sont faibles, que la procédure d’asile est très longue et qu’ils auront plus de mal à trouver un travail.


D’autres facteurs de dissuasion s’ajoutent : se déplacer jusqu’à Arras pour déposer une demande d’asile, admissions en Centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) rares, etc. De plus, certains ont été interceptés dans d’autres Etats membres ou y ont déjà déposés une demande d’asile. Solliciter la protection de la France les expose au risque d’un transfert vers un pays (Grèce et Italie notamment) souvent beaucoup moins protecteur ou attractif que le Royaume-Uni.


Quelles solutions ?

Le centre de Sangatte a créé de nombreuses difficultés, sa fermeture en a posées d’autres et la situation est aujourd’hui unanimement dénoncée. En visite à Calais au mois de février dernier, le ministre de l’Immigration, Eric Besson, insistait sur les mesures de lutte contre les filières clandestines et sa volonté de rendre complètement étanche la frontière. Quelques semaines plus tard, les Britanniques révélaient qu’ils étaient en négociation avec la France pour créer un centre de rétention dans la zone de contrôle britannique du port de Calais. Les migrants interceptés y seraient détenus dans l’attente de leur expulsion vers leur pays d’origine. Bien que le ministre français ait démenti cette information, l’idée que ce soient les Britanniques qui expulsent les migrants vers des pays en guerre alors que les autorités françaises s’y refusent encore, ne semble pas si étonnante dans un contexte de médiatisation grandissante d’un problème qui apparait autrement insoluble.


De nombreuses associations demandent également le renforcement de la réponse humanitaire. La grande détresse des migrants à Calais appelle en effet une réponse humanitaire et il ne s’agit pas de laisser aujourd’hui la situation en l’état, en espérant que la souffrance ici découragera ceux là-bas qui veulent tenter leur chance au Royaume-Uni. Il y a longtemps que la situation s’est dégradée et que les migrants continuent néanmoins d’affluer.


En revanche, l’approche humanitaire ou la réponse répressive à elles seules ne paraissent pas efficace. Il s’agit donc de faire bouger les lignes, aucune approche globale visant à résoudre le problème n’a su faire ses preuves jusqu’à présent.