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3 questions à Torsten Moritz, Secrétaire général de CCME

En tant que plate-forme européenne d’églises et d’organisations chrétiennes, quel est l’intérêt pour CCME de participer au projet TRACKS ?

 

Pour nous la question de la dignité humaine est toujours une question fondamentale lorsqu’il s’agit de protection des réfugiés ou de lutte contre la TEH. Ce qui nous tient le plus à cœur c’est le bien-être des plus vulnérables. Dans cette perspective, il est clair que le lien entre la demande d’asile et la TEH est particulièrement importante. Notre réseau compte nombre d’organisations qui travaillent sur l’une ou l’autre de ces thématiques voire les deux. Il est donc important et particulièrement bienvenu pour nous d’avoir une meilleure compréhension de cet enjeu.

Quels défis particuliers voyez-vous émerger de ce projet ?

Certains défis qui ressortent de ce projet étaient déjà connus, d’autres sont nouveaux. A titre d’exemple, la question de la prise en compte des circonstances particulières des victimes de traite dans l’évaluation de la crédibilité du demandeur d’asile est une demande de base depuis un moment. De même, les organisations œuvrant pour la lutte contre la TEH demandent depuis longtemps que des procédures proactives d’identification des mineurs présumés soient conduites – et le projet montre que c’est tout particulièrement nécessaire dans la mesure où des mineurs victimes de traite sont souvent forcés à se déclarer adulte. Ainsi, une approche proactive en matière d’identification est également indispensable dans le cadre de l’entretien individuel d’évaluation de la demande d’asile.

En revanche, un enjeu clé révélé par le projet est que dans plusieurs pays étudiés l’introduction d’une demande d’asile par une victime de traite tend à empêcher celle-ci d’accéder à une identification formelle et à des services dédiés en tant que victime de traite. C’est une question à laquelle il faudra accorder plus d’attention et un suivi attentif. Enfin, certaines hypothèses envisagées lors de la formulation du projet se sont malheureusement confirmées en particulier s’agissant du système encadré par le règlement Dublin III : les victimes de traite tendent à être renvoyées vers le pays européen jugé responsable du traitement de leur demande y compris lorsqu’elles y ont été exploitées ce qui les rend extrêmement vulnérables aux risques de re-victimisation.

 

Est-ce que ce projet aura une influence sur votre travail de plaidoyer au niveau européen?

Oui tout à fait. D’une part, nous avons découvert que les dispositions existantes dans les directives européennes pour la protection des demandeurs d’asile les plus vulnérables ne sont pas transposées ni mises en œuvre de manière appropriée. Nous devons insister sur une meilleure mise en œuvre de ces dispositions au niveau national. De plus, comme vous le savez surement, le règlement Dublin ainsi que le système européen d’asile commun sont actuellement en train d’être à nouveau renégociés. Nous intégrerons les résultats du projet dans notre plaidoyer auprès du Parlement européen, des États membres et de la Commission européenne. Nous sommes conscients que l’atmosphère générale n’est pas des plus favorable. Cependant, il y a toujours une forte mobilisation contre la traite des êtres humains au niveau européen. Nous devons par conséquent tenir responsable les décideurs politiques pour que les victimes de traite soient protégées de manière appropriée, y compris dans le cadre de la protection internationale.