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L’intervention psychologique à Forum réfugiés

La présence de psychologues au sein des centres d’hébergement de demandeurs d’asile (Centre de transit et CADA) ou de réfugiés (CPH) n’a rien d’évident. La particularité a priori non psychopathologique du public accueilli et le cadre des pratiques professionnelles du psychologue nécessitent en effet la construction d’un dispositif singulier, soutenu par un travail d’élaboration, par une recherche éthique constante et par la phénoménalité clinique des différentes propositions d’accompagnement des sujets.

Un certain nombre de constats ont conduit à cette présence, et en motivent sa continuation :

- En premier lieu, notons la difficulté d’accès aux soins psychologiques et psychiatriques des demandeurs d’asile et des réfugiés, notamment en raison de réticences du secteur médico-psychologique de droit commun (CMP) ou des psychiatres libéraux et de la précarité des situations financières des demandeurs d’asile qui ne peuvent avoir recours aux psychologues ou psychothérapeutes non-médecins. Les réticences formulées concernent aussi bien la problématique psychique (dans sa configuration souvent traumatique ou liée à l’exil), l’aspect transculturel de la rencontre (et notamment le recours à un interprète), que l’angoisse face à une psychiatrisation outrancière de phénomènes résultant d’une situation sociale relevant de décisions politiques.

- En second lieu, des constats cliniques construisent un sens à la présence de psychologues au plus près des demandeurs d’asile et des réfugiés. Ainsi la particularité des expressions symptomatiques et des manifestations psychologiques liées aux vécus traumatiques, à l’expérience de l’exil et à la situation sociale du demandeur d’asile nous invitent à l’invention d’une présence et d’une écoute qui si elle se veulent adaptées n’en demeurent pas moins annexées à la question thérapeutique.

1 La situation de précarité et de dépendance sociale où se situent les demandeurs d’asile, et les réalités cliniques qui s’y rattachent, soulignent la pertinence d’une proposition d’expression subjective singulière où chacun puisse entrer dans une parole qui ne soient pas indexée à une demande sociale. En ce sens, les entretiens proposés n’ont pas de finalité prévue autre que celles liées à la demande du sujet et au cadre d’intervention.

2 L’expérience de l’exil, les vécus psychiques qu’elle déclenche (nostalgie, angoisses, manifestations dépressives, décompensations partielles…), et la réalité transculturelle qui en résulte (non maîtrise de la langue, perte des repères culturels…) nous conduit à proposer un dispositif où l’approche du psychologue soit facilitée par l’accessibilité de sa présence et la malléabilité des premiers temps de la rencontre (travail à partir des représentations).

3 Le vécu souvent traumatique lié aux violences physiques et psychologiques subies a gravement endommagé les vécus de confiance fondamentale tels qu’ils s’appréhendent dans le corps et dans les relations intersubjectives, ce qui nous invite à proposer une relation de soutien où puisse s’éprouver petit à petit un corps et un langage suffisamment fiable. La présence du psychologue comme sa parole sont articulés à cette effraction du narcissisme fondamental, d’où la particularité de son intervention de présence accessible et d’approche réservée.

Pour les personnes dont les symptômes sont liés à des évènements traumatiques ou dans une moindre mesure à l’expérience de l’exil, le travail thérapeutique s’effectue au prix de la traversée d’une première phase du soin structurée par ses propres conditions et ses propres règles de rencontre. Il s’agit d’un temps de mise à l’épreuve symbolique de la relation où est questionné la possibilité d’une relation interhumaine qui ne soit ni trop destructrice ni trop réparatrice, mais qui permette une rencontre de parole dans la mise en circulation et en jeu des représentations disponibles, dans le retour d’une histoire subjective en ces moments non traumatiques, et dans l’avènement d’une rencontre banale où puisse se supporter à nouveau une dimension d’espérance.

Dans le contexte particulier de Forum réfugiés qui n’est pas et n’a pas vocation à devenir un lieu de soin, c’est cette première phase du travail thérapeutique que nous engageons. Cette dimension soignante de notre pratique, que nous avons intitulée « travail de soutien », dérive de la réalité clinique des demandeurs d’asile et réfugiés que nous accompagnons, et est articulée à l’émergence d’une demande de soin et à sa continuation éventuelle dans un lieu de soin psychiatrique ou psychologique, selon les modalités propres à la pratique thérapeutique qui y est proposé. La figure du passage, en ce sens, pourrait illustrer le travail des psychologues à Forum réfugiés.

La mission des psychologues

Elle se décline suivant trois objectifs (extraits de la fiche de poste) :
- (le psychologue) apporte soutien aux résidents qui le souhaitent, par les consultations et toute technique appropriée.
- il oriente autant que possible les intéressés vers les structures de soins, ce qui suppose d’entretenir des relations de réseau avec ses structures…
- il aide les autres salariés à décoder les comportements auxquels ils sont confrontés (…). Il apporte le regard de sa spécialité dans les prises de décision de l’équipe.

Cette mission est elle-même dépendante d’un objectif général : « le salarié à pour mission de faire reconnaître et respecter la personne dans sa dimension psychique ».

Les entretiens

La présence des psychologues au sein des centres d’accueil des demandeurs d’asile, identifiée par un espace de consultation situé dans les bureaux de l’équipe socio-juridique ou parfois même sur un palier du centre d’hébergement, particularise notre intervention. Repéré comme un membre de l’équipe de Forum réfugiés avec laquelle nous travaillons, nous agissons dans un dispositif de prise en charge d’ensemble du demandeur d’asile. Cette spécificité donne à notre pratique une tournure que nous ne pouvons pas ignorer. Ainsi, nous sommes pris, comme le demandeur d’asile et le dispositif d’accompagnement, dans le rythme de la procédure et sa temporalité propre marquée par des à-coups aigus (la rédaction du récit de demande d’asile, la réponse de l’OFPRA, la rédaction du recours, la réponse de la CRR) et des après-coups diffus (l’attente de la réponse OFPRA, et l’attente de la réponse CRR). Par ailleurs, la réalité clinique rend parfois extrêmement difficile le travail d’élaboration psychique tant la proximité des évènements traumatiques, l’urgence psychique dans laquelle sont mises les personnes du fait de la situation de précarité, et le temps long nécessaire en préalable à toute élaboration subjective, ne favorisent pas les possibilités d’un accompagnement psychologique efficient. Cette inscription dans la prise en charge, cette soumission à un temps administratif imposé par l’environnement, cette suspension temporelle corrélée à une réalité psychosociale, donne à nos pratiques de psychologue une forme originale, que le terme de « passeur » pourrait résumer. Passeur entre le temps social et la temporalité subjective, passeur entre l’accompagnement socio-juridique et la vie subjective, passeur entre les mots du récit et les signifiants de l’histoire intime, passeur entre l’urgence actuelle et la lente élaboration interne.
En permanence, nous nous interrogeons sur la forme que doit prendre notre présence dans les centres. Devons-nous continuer une pratique informelle de circulation dans les centres, avec ce que cela permet de rencontre mais ce que cela induit aussi en terme de violence de la présence ? Devons-nous solliciter les personnes pour qu’elles nous rencontrent, et sur quels critères décidons-nous de ces sollicitations ? Comment répondre aux interrogations des équipes de Forum réfugiés autour de telle ou telle situation, en provoquant une rencontre avec la personne, en offrant un soutien technique à l’équipe ? Toutes ces questions nous ramènent en fait au caractère ambigu de notre présence dans les centres et à la délicatesse que cela appelle de notre part afin de préserver notre mission auprès des hébergés.
Le maintien des questionnements qui concernent notre approche de l’autre, dans un contexte de dépendance sociale extrême, voudrait garantir l’éthique de nos pratiques. Il s’agit d’articuler une souplesse d’intervention que les contextes de précarité et d’interculturalité nécessitent et une posture singulière inhérente à notre fonction et à la vie subjective qui en est l’objet.
Le soutien psychologique proposé consiste en un temps de parole où les personnes hébergées peuvent aborder les questionnements relatifs à leur histoire, à leur parcours d’exil et à leur situation actuelle. L’abord de cette parole prend en compte les difficultés contextuelles liées à la situation de demande d’asile : la question de la langue qui oblige l’intervention d’interprètes, la question culturelle qui oblige une attention particulière, la question de la précarité sociale et de la dépendance qui oblige une vigilance quant au respect de la demande subjective.
Ce travail de soutien « individuel » est aussi parfois « collectif » puisque nous sommes amenés à proposer des entretiens familiaux.

Le parcours des demandeurs d’asile marqué par la violence subie, l’exil et la dépendance sociale actuelle conduit la relation de soutien psychologique d’emblée au cœur d’enjeux de reconnaissance subjective (« où puis-je vivre comme sujet désirant-parlant ? »). Soutenir, c’est, pour nous, rencontrer, écouter et répondre.
La rencontre, premier axe du soutien, nous oblige à proposer une relation qui assume les différences qui nous séparent (sans les nier ni les cloisonner). C’est donc une mise en dialogue des différences culturelles, sociales, psychologiques – et en fin de compte subjectives – qui ouvre et alimente souvent le soutien que nous proposons, dans la recherche d’un langage commun.

L'écoute, deuxième axe du soutien, nous confronte aux défaillances des vécus de confiance, en soi et dans l’adresse à un autre (consécutives aux violences ou traumatismes subis, au déplacement de l’exil, et à la situation de « suspens social » actuelle). Supportant la question du temps nécessaire au retour d’une sécurité interne, nous proposons la possibilité d’une parole confiée, écoutée d’abord pour l’expression qu’elle permet, et déliée – autant que possible – des enjeux sociaux.

La responsabilité, troisième axe du soutien, nous demande d’énoncer des réponses qui rendent compte de ce qui nous est confié. Il s’agit d’articuler à notre écoute une responsabilité qui puisse témoigner des évènements racontés par chaque sujet, là où la parole s’est perdue au profit de la violence, là où le trajet d’exil a défait les liens psychiques et sociaux, là où l’attente de la réponse a suspendu le désir.

Les ateliers collectifs

De nombreux ateliers ont été proposés à Forum réfugiés, en fonction des différents constats cliniques que chaque psychologue a pu établir et des modes de prise en charge qu’il a désiré inventer. Ainsi, ont eu lieu des ateliers « terre » (modelage), des ateliers de photolangage, des ateliers généalogiques, des ateliers d’écriture, des ateliers parents-enfants, des groupes de parole…

Aujourd’hui un atelier s’est particulièrement implanté dans les différents lieux d’hébergement de Forum réfugiés : l’atelier parents-enfants. Son institution est partie de constats cliniques autour de la place de l’enfant en exil, des dynamiques familiales dans ce contexte de crise, des demandes des mères en entretien liées à leur isolement, et du souci d’invention de dispositifs médiateurs où le psychologue puisse se situer dans une co-présence rassurante.

Devant ces constats, le groupe parents/enfants est un espace de rencontre et d’échanges autour des réalités familiales. Les enfants s’expriment par leurs comportements, leurs attitudes, leurs jeux, les adultes d’avantage par la parole. Un espace d’éveil est proposé aux enfants, avec à disposition différents jouets mobilisant les différentes capacités, sens selon les âges. L’environnement et l’aménagement de l’espace sont adaptés à leurs stades de développement.

L’accueil se veut chaleureux, non intrusif. Les difficultés rencontrées, les inquiétudes peuvent être exprimées, parlées. La parole du psychologue se veut alors rassurante, soutenante. Le lien est fait entre l’avant et l’actuel, entre là bas et ici. Ce moment peut être l’occasion aux parents d’évoquer l’histoire familiale. Ce groupe a dans ce sens une portée préventive, puisque des troubles relationnels ou de développement de l’enfant peuvent naître de la persistance de non dits.

Les représentations autour de l’enfant varient culturellement, le partage permet de mieux comprendre les attitudes de chacun. La situation groupale permet ainsi aux parents de partager leurs opinions, leurs habitudes et peut être ainsi de se sentir moins seuls dans leurs préoccupations. Ce lieu est enfin être l’occasion d’une première rencontre avec le psychologue. Le rôle et la place du psychologue sont alors identifiés, moins effrayants. Cette première rencontre peut être précurseur d’autres rencontres plus individualisées à la demande des familles ou sur la proposition du psychologue.

La particularité de l’accompagnement au Centre de Transit

Le Centre de Transit héberge sur une durée courte, de l’ordre de quelques semaines, des demandeurs d’asile arrivés pour la plupart récemment en France et en début de procédure.
Une des spécificités de la rencontre avec le psychologue au Centre de Transit réside dans le fait qu’il s’agit parfois d’un tout premier dépôt de leur histoire, pour certains, même avant la constitution du dossier de demande d’asile pour l’OFPRA : dépôt de l’histoire plus ou moins récente au pays mais aussi restitution des conditions d’arrivée en France parfois difficiles et vécues comme dégradantes pour les familles (notamment quand elles ont du dormir dehors, « à la rue »), bien loin des représentations, souvent fortement idéalisées, de la société française. Cette parole peut finalement être perçue du coté de la personne comme un premier bilan, un début de mise en mot et de prise de recul venant suivre une période de grands tumultes (départ du pays, arrivée en France souvent chaotique, précarité des conditions de vie etc…). Cet arrêt n’est cependant que provisoire, les demandeurs d’asile ayant à repartir vers un autre type d’hébergement voire un autre pays lorsque les personnes sont mises sous Convention Dublin. Le psychologue est ainsi vigilant à préciser le cadre très particulier de ces temps d’échange, limités dans le temps quelqu’en soit le désir du sujet.
Le psychologue, souvent le premier que le sujet rencontre, est amené à bien différencier sa place des autres intervenants ( médicaux, sociaux, juridiques) et préciser quel type d’écoute il propose ( par ex, le psychologue ne donne pas de conseil comme un « psycho-pédagogue »)
A l’arrivée au Centre de Transit, certains sont dans l’incapacité de mettre des mots sur un vécu qui peut paraître insensé, d’autres, à l’inverse sont dans un trop plein de parole.
Les demandes de rencontre avec le psychologue sont principalement de trois grands types :
Le sujet rencontre différents symptômes (insomnies, céphalées, phobies etc…) depuis son arrivée en France, dit « ne plus se reconnaître », cette arrivée est vécue déstabilisante de par la perte de repères qu’elle induit.
D’autres demandes sont davantage formulées autour d’inquiétudes ou d’interrogations sur les enfants et des répercussions de la situation sur leurs comportements. Les parents ont parfois des difficultés à répondre aux sollicitations, aux questionnements de leurs enfants d’où le recours au psychologue.
Enfin, pour certains, la présence du psychologue est l’opportunité d’évoquer des difficultés psychologiques voire psychiatriques plus anciennes et jusqu’ici peu ou pas prises en compte du fait de la situation au pays et du parcours du sujet.
Les orientations du Centre de Transit vers le droit commun restent difficiles et rares du fait du court temps de séjour. Un lien est néanmoins fait, dans la mesure du possible, au départ du demandeur d’asile avec le psychologue référent du CADA ou l’équipe de référence de l’hébergement plus pérenne.

La particularité de l’accompagnement des réfugiés statutaires

La réalité propre des réfugiés statutaires donne au travail du psychologue, autour des mêmes missions, une forme différente que celui effectué auprès des demandeurs d’asile. La temporalité liée à la procédure de demande d’asile, et les corollaires sociaux (précarité) et psychologiques qui l’accompagnement se sont transformés. L’ouverture de perspectives, notamment en terme d’insertion, place le réfugié statutaire dans une temporalité nouvelle, tendue vers l’avenir. Pour autant, cette nouvelle temporalité est encore conditionnée par une urgence et des injonctions sociales d’autonomisation, et par la continuité d’une prise en charge dans un hébergement de type foyer, qui rendent particulièrement saillante cette tension psychique et sociale entre assistance et autonomie.
L’aboutissement heureux de la démarche d’asile conduit le réfugié statutaire à un remaniement interne. L’histoire subjective formatée par la procédure juridique retrouve une expression vivante, mobile et dense. Cette réalisation intérieure est souvent un moment chargé de violence, en ce qu’il articule la continuité des évènements passés et les pertes qui les ont marqué. Ce n’est qu’à cette condition, et donc qu’à ce moment, que les processus d’élaboration du deuil peuvent véritablement s’enclencher.
Le temps de présence limité et défini des réfugiés statutaires conduit le psychologue à travailler la demande et la possibilité d’une prise en charge par le secteur psychiatrique public des personnes les plus vulnérables. Sa mission de soutien prend désormais un sens nouveau d’accompagnement des processus subjectifs de deuil et de la procédure sociale d’insertion.

La consultation dite « hors-centre »

Cette consultation est destinée aux demandeurs d’asile et aux réfugiés qui ne sont pas hébergés dans les centres de Forum réfugiés. Elle a été mise en place suite au constat de la difficulté pour ceux-ci d’accéder correctement aux soins en matière d’aide psychologique, notamment en raison de la mauvaise connaissance par certaine équipes soignantes de la problématique de l’asile, et des possibilités existantes en matière d’interprétariat.
Il s’agit de consultations s’adressant à des personnes vivant dans des solutions très précaires, style foyers d’urgence, hôtels, compatriotes, squats ou à des personnes en hébergement plus stable, style AUDA ou hébergement ALT.
Les personnes peuvent nous être orientées par des services accueillant des demandeurs d’asile pour des questions juridiques, administratives ou humanitaires (style SSAE, ASR Croix-Rouge, Service de Perrache) ou encore par des partenaires médicaux (consultation du Docteur Garçon à l’Hôpital des Charmettes, CDES au Vinatier) - ce qui nécessite tout un travail en amont de sensibilisation voire de formation des professionnels sur le repérage de la souffrance psychique et sur les questions liées à l’orientation vers le soin.
Pour les demandeurs d’asile vivant des situations précaires, la rencontre avec le psychologue peut être perçue comme un point de repère fiable, permanent. Elle est l’occasion d’évoquer sa situation de manière globale, sans attendre de réponse immédiate, en opposition aux sollicitations formulées aux différents partenaires souvent sur le mode partiel et en attente de solution rapide (un toit, un repas etc…). En soi, elle sort le sujet d’une position de survie où c’est avant tout la mise à l’abri du corps qui est visée, sans qu’il y ait de considération particulière pour l’interne, le psychisme. Cette rencontre peut ainsi garantir pour certains la reconnaissance d’une dignité et la prise en compte d’une intégrité psychique (« je suis un sujet parlant/désirant au delà de ma situation actuelle de « demandeur »- d’asile, de repas, d’hébergement etc… »)
Il est intéressant de noter cependant que ces prises en charge nécessitent néanmoins fréquemment du coté du cadre une certaine souplesse, les personnes venant et s’absentant souvent au rythme des moments de la procédure, des changements d’hébergement, de situations familiales. Ces moments signent souvent la difficulté du sujet de concilier un travail d’élaboration quand les préoccupations quotidiennes ou administratives viennent en premier plan, sous forme parfois d’envahissement. On peut également faire l’hypothèse que ces allers-retours interpellent du coté de la permanence de la relation et du lien de confiance instauré.

Psychologue à forum réfugiés : une fonction de seuil
Le travail des psychologues à Forum réfugiés nous semble relever d’une fonction de seuil. Le seuil c’est le lieu du passage de la porte, vers le dedans ou vers le dehors. Ce terme vient d’un mot latin qui, s’il a bien signifié le plancher à l’entrée d’une maison, a d’abords signifié les sandales (solea) qui usent ce plancher. Point de passage et point de soutien donc, fournissant un lieu (le sol, i.e. la rencontre avec les psychologue) et un outil (les sandales, i.e. la parole) pour traverser vers un au-delà singulier à chacun.

Ce seuil nous le proposons là où vivent les demandeurs d’asile et les réfugiés, c’est la dimension de prévenance de notre travail. Elle prend source dans une phénoménalité clinique particulière aux expériences d’exil et de traumatisme, et se construit suivant une démarche éthique d’invention de règles et la recherche d’une sollicitude non intrusive.

Ce seuil nous le proposons dans la parole, c’est la dimension de soutenance de notre travail. Elle recouvre la pratique d’une adresse qui ne fasse pas fi du sujet de l’inconscient, au-delà de son expression symptomatique et de son histoire traumatique. Plus qu’un étayage, cette dimension en appelle à ce qui dans la parole fonde l’humanité de chacun.


- Page mise à jour le : 29.05.2007 -