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Témoignages de bénévoles

Nous vous présentons ici le témoignage d'une bénévole.

Entretien avec Adeline VIALAT

Bénévole chez Forum réfugiés-Cosi depuis février 2015

Centre : CADA de Bron

Activité : Cours de Français Langue Étrangère

Fréquence : hebdomadaire, 2h

 

Comment t’est venue l’idée de t’engager sur le long terme ? Quand as-tu sauté le pas ?

Depuis que je suis adolescente, je ressens le besoin d’aider les autres. A 17 ans, je m’étais engagée dans une association d’aide au devoir, et aussi auprès d’une famille avec un enfant autiste, pour les aider. Puis j’ai arrêté, j’ai fait mes études, mais c’est quelque chose qui m’est toujours resté. En 2015, comme j’avais une maîtrise d’anglais et de FLE, et que j’aimais aussi rencontrer des nouvelles personnes, étrangères, je me suis engagée. Une collègue m’a parlé du CADA de Bron car ils étaient à la recherche d’un bénévole pour des cours de FLE. J’y suis allée et j’ai rencontré une salariée de Forum réfugiés-Cosi au CADA de Bron. Ça a tout de suite été très facile.

 

Quelles étaient tes peurs ou tes craintes au départ ?

Quand je m’engage dans quelque chose, je n’ai pas de peur, j’y vais simplement. Je n’avais pas d’appréhension particulière. Ça me semblait naturel car j’aime rencontrer des gens et pouvoir les aider.

 

Quels sont les a priori que tu avais avant ta mission ? Se sont-ils confirmés ou infirmés ?

Je ne connaissais pas du tout ce public-là. Je me disais simplement que ces personnes étaient demandeuses d’apprentissage, car c’est pour eux vital d’apprendre le français. Je n’avais pas d’exigences particulières, mais je me demandais juste si j’allais être à la hauteur.

 

Quels sont les moments que tu préfères au quotidien ?

Les demandeurs d’asile sont tous de nationalité différente. Pendant le cours de FLE, ce que j’adore, c’est qu’on ne fait plus qu’un. On est un réel groupe soudé. Tu fermes la porte de la salle, et tu as l’impression que tu es hors du temps, dans une bulle, et on est tous heureux. C’est comme si c’était un rituel de se retrouver là parce qu’eux, ils ne se retrouvent pas en dehors. On rigole, on fait des jeux de mots… Même avec les débutants qui ne parlent pas beaucoup, on arrive à se comprendre. L’atmosphère est toujours très positive.  C’est un moyen de décompresser, d’apprendre, parce c’est difficile en dehors.

 

Ils prennent aussi des cours ailleurs, et je vois leurs progrès. Il y en a, tu sais qu’ils vont s’intégrer, qu’ils vont y arriver. Et pour moi, c’est impossible de ne pas parler la langue du pays dans lequel tu habites. Le souci des réfugiés aussi, c’est qu’ils ne rencontrent pas beaucoup de français pour pratiquer ce qu’ils apprennent.

 

Le respect de la confidentialité est-il un engagement facile ?

J’ai effectivement vécu des situations particulières. Pas pendant les cours, mais plus tard j’ai noué des liens avec certains. Par hasard, j’ai rencontré des élèves dehors lors d’un match de l’Euro cet été. On a sympathisé. Certains se sont confiés à moi et le fait d’entrer en relation avec ces personnes m’a permis d’appréhender différemment la question des limites. Du coup, je me suis posé la question « Est-ce-que je suis prête à être proche d’eux ? ». Sans l’avoir demandé, j’ai entendu des témoignages qui m’ont choquée. En plus, je ne sais pas bien par quelles étapes ils passent au CADA, s’ils se confient à des salariés, et je me sentais mal à l’aise d’être peut-être allée trop loin avec des demandeurs d’asile en écoutant leur expérience. Pour me soulager, j’ai parlé à un très bon ami qui est aussi dans le milieu associatif, tout en sachant que mon référent était disponible. Quelques fois, c’est mieux de ne pas savoir ! Cela m’a ensuite amenée à gérer différemment la distance avec les réfugiés.

 

Comment as-tu réussi à définir précisément l’attitude adéquate à adopter face aux hébergés ?

En arrivant au CADA je n’avais pas d’expérience avec le public des demandeurs d’asile. Je ne savais pas trop quelle attitude adopter. Ce qui m’a grandement aidé, ce sont les divers entretiens que j’ai eu avec mon référent. Sur le terrain, j’ai appris à filtrer les informations que je donnais aux réfugiés. Il y avait par exemple un demandeur d’asile qui voulait que je l’aide avec sa fille de 17 ans sur de nombreux points que je n’étais pas prête à assumer et que je n’avais pas demandé de faire surtout. Ça me mettait dans une position délicate parce que ça dépassait ce que j’avais envie de faire. Ça, c’était au tout début. J’ai donc appris à prendre une certaine distance face à ce public si attachant.

 

Quelles sont les principales difficultés que tu rencontres au  quotidien ?

Par moments, je me demande si je suis vraiment en adéquation avec leurs besoins. Ils sont en France, ils ont besoin de certaines choses spécifiques, comme savoir s’orienter, aller chez le docteur, etc. Le plus dur sans doute, c’est qu’ils ne sont pas très assidus et c’est difficile pour le suivi. Les niveaux sont hétérogènes, et sur le long terme, le suivi est compliqué par encore un autre facteur : les mouvements, propres à ce public.

 

Lors de mon premier cours par exemple, ils étaient 13. Au deuxième, ils n’étaient que 5. C’était un peu un coup dur !

 

Un moment fort ? Une anecdote ?

Noël 2015. C’était génial. Mon référent m’a dit de venir l’après-midi car les hébergés préparaient chacun un plat de leur pays. On avait fait des bananes Plantin par exemple. A une certaine heure, le Père Noël arrivait, et tous les enfants avaient un cadeau. Certains ne connaissaient même pas Noël. Voir la joie des enfants, toutes les nationalités faire la fête ensemble, danser, rire, et laisser les soucis de côté, c’était un moment d’humanité, où on se rend compte qu’on est tous pareils. C’était même un des moments les plus forts de ma vie : tout le monde souriait sans vraiment se connaître, le maire de Bron est venu… Je ne voulais pas rentrer !

 

Toi qui travailles, comment arrives-tu à combiner ta vie professionnelle avec ce bénévolat ?

J’ai beaucoup de chance en tant que professeur, je peux faire des vœux d’emploi du temps. J’ai demandé le mercredi matin et il m’a été accordé.

 

Te sens-tu concernée lors des événements annexes à ton bénévolat organisés par l’association ? Si oui, quelles sont tes actions ?

Oui, j’ai par exemple participé à la Marche des Parapluies du 20 juin. Noël est aussi un moment fort comme je l’expliquais tout à l’heure. J’aimerais bien sûr faire de l’accompagnement en randonnée ! Quand on est dans une association et qu’on s’y sent bien, on a envie de partager plus de choses encore. C’est presque comme si le FLE ne me suffisait plus !

 

Te sens-tu davantage concernée par l’actualité autour des migrants depuis que tu t’es engagée ?

Oui, vraiment. Je la comprends mieux aussi. Ce qui est plus difficile, c’est les propos des gens autour qui ne les connaissent pas et qui se permettent de dire des choses sans les connaître. Beaucoup de gens ne comprennent pas non plus cet investissement et ça m’énerve, ça en devient même parfois insupportable.

 

Quand estimeras-tu que tu devras/voudras arrêter ?

Quand ma vie personnelle changera. Si je déménage et que j’ai des enfants, je pourrai faire autre chose, ailleurs.

 

Une rencontre marquante

J’ai rencontré Bonney. Je traduisais les textes qu’elle avait écrits en anglais depuis des mois et avais appris à la connaître via ses écrits. Mon référent m’a ensuite demandé de rédiger un papier sur mon expérience et sur ce que je ressentais au CADA. Elle avait peur de me rencontrer et après lecture du papier elle n’avait plus peur du tout !! Aujourd’hui, on est amies.

 

C’est une femme qui était infirmière au Rwanda. Elle a une insuffisance rénale. Au lieu de se laisser abattre, elle a décidé de monter une association : ALASIR (Association Lyonnaise d’Aide et de Soutien aux Insuffisants Rénaux). On a déposé les statuts ensemble, avec une ancienne salariée de Forum réfugiés-Cosi, Astrid. Ce n’est encore que le début. On se fait aider aussi, par exemple par Singa, mais aussi par un bénévole dans une association d’aide aux femmes, et mon référent à Forum réfugiés-Cosi nous appuie aussi beaucoup. Il nous encourage. Il sait aussi qu’on est devenues vraiment proches avec Bonney. C’est une rencontre hyper importante pour moi, d’autant que je ne lui avais jamais fait cours avant. On est vraiment amies, donc je n’ai pas non plus à lui demander son histoire. Ça vient dans la conversation comme n’importe quel autre sujet. Cette fille est exceptionnelle.

 

Le mot de la fin

Je remercie le CADA de Bron, et mon référent en particulier. Ce sont des gens qui m’ont accueillie, et je me sens ultra bien. Être bénévole, certes c’est donner de son temps, mais c’est recevoir un million de fois plus en retour. Ça fait grandir. Je conseillerais à tout le monde de faire une expérience bénévole dans sa vie. Tant que tu ne l’as pas vécu, tu ne sais pas. Ça te fait aussi beaucoup découvrir qui tu es, et ça t’apporte tellement.