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Plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile de Marseille : le premier accueil sous pression

La situation de la plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile de Marseille appelle de la part de la direction de Forum réfugiés-Cosi les précisions suivantes.

  1. Depuis janvier 2016, Forum réfugiés-Cosi assure les missions de la plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile (PADA) de Marseille, parmi les six PADA que gère l’association en PACA, en Auvergne Rhône-Alpes et en Occitanie. Mises en œuvre dans le cadre d’un marché public sous le pilotage de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), ces missions se déploient en amont du Guichet unique (GU) préfecture-OFII, pour tous les demandeurs d’asile, et en aval du GU, pour les demandeurs d’asile non orientés dans un hébergement dédié lors de leur passage au Guichet unique.
  1. Le nombre de demandeurs d’asile primo-arrivants s’est fortement accru depuis janvier 2016. Le nombre mensuel moyen de demandeurs d’asile primo-arrivants (mineurs accompagnants inclus) est passé de 250 au cours des sept premiers mois de l’année 2016, à plus de 400 au cours de la période août 2016 – juin 2017, plus de 500 au cours de la période juillet 2017 – juillet 2018, pour atteindre 639 en août dernier. Durant les huit premiers mois de l’année 2018, plus de 4.000 demandeurs d’asile (mineurs accompagnants inclus) ont été enregistrés par la PADA de Marseille. S’agissant du public orienté sur la plate-forme après le passage au GU, ce sont plus de 3.100 personnes (mineurs accompagnants inclus) qui ont été accompagnées au cours des huit premiers mois de l’année (domiciliation, gestion du courrier, procédure d’asile, ouverture des droits, orientation vers l’hébergement, etc.). En août 2016, 220 personnes ont été accompagnées (mineurs inclus) ; en août 2017, 294 ; en août 2018, 416.
  1. Pour faire face à cette forte hausse, Forum réfugiés-Cosi a sollicité de l’OFII, dans le cadre de la révision annuelle de l’enveloppe du marché pour l’année 2018, une augmentation des moyens humains. Si la négociation n’a pas permis d’obtenir le nombre de postes demandés, la composition de l’équipe a pu passer, dès le mois d’avril, à 12 équivalents temps plein.

 

  1. La forte augmentation de la file active s’est accompagnée de tensions chroniques. Le manque de places d’hébergement disponibles dans le Dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile accroît le nombre de personnes sans solution, malgré un dispositif de nuitées hôtelières conséquent dans le département (près de 1.000 places / jour actuellement). À l’exaspération des personnes sans solution d’hébergement s’ajoutent les incivilités subies ou causées par le voisinage, ainsi que le contexte sécuritaire dégradé de l’environnement immédiat. Le personnel de la PADA a ainsi été affecté, directement ou indirectement, par plusieurs incidents, dont l’un, particulièrement grave, commis le 11 juillet dans des locaux adjacents à ceux de la PADA. Consécutivement, quatre membres de l’équipe se sont trouvés en arrêt maladie. La direction de l’association a aussitôt pris les mesures pour recruter du personnel en remplacement des personnes arrêtées.
  1. Le 18 septembre dernier, plusieurs individus se sont rendus coupables d’agression, à l’encontre de demandeurs d’asile attendant de pouvoir rentrer à l’intérieur des locaux, à l’aide de bombes lacrymogènes, dont la fumée a pénétré les locaux. L’association, qui a porté plainte, condamne ces actes de violence qui portent atteinte à la sécurité des demandeurs d’asile et des salariés de la plate-forme. Suite à cette agression, les salariés ont fait valoir leur droit de retrait, faute de conditions de sécurité suffisantes. La direction de l’association a aussitôt accru son dispositif de sécurité, et obtenu le concours des forces de police, grâce à la diligence des autorités préfectorales.
  1. Lundi 24 septembre, la majorité des salariés de la PADA se sont mis en grève, les revendications portant principalement sur la reconstitution des moyens humains nécessaires au bon fonctionnement de la PADA, mais aussi sur les conditions de sécurité et sur l’amélioration des conditions d’accueil du public et de travail. La direction de l’association, qui porte pleinement ces objectifs, a pris des mesures d’urgence, de court terme et de moyen terme, dans la limite de son propre champ d’action, pour doter l’équipe des moyens humains et matériels appropriés.
  1. Sur la base des dispositions prises, la direction en appelle à la reprise de l’activité dès ce jeudi 27 septembre, la poursuite de la cessation du travail ne pouvant que dégrader chaque jour la situation des demandeurs d’asile en attente d’accéder à la procédure d’asile ou dont la demande est déjà en cours d’examen – ainsi que s’en sont émus de nombreux acteurs de la place –, mais aussi les conditions même de la reprise de l’activité de la PADA devant une file active qui s’accroît chaque jour.
  1. La situation que connaissent les demandeurs d’asile et les associations et services publics qui les accompagnent dans les Bouches-du-Rhône est symptomatique d’une tension largement constatée dans les territoires de la République, en raison du sous-dimensionnement du système d’accueil, maintes fois diagnostiqué. S’il faut saluer les mesures prises depuis plusieurs années, notamment pour accroître les capacités du Dispositif national d’accueil et optimiser la gestion des places existantes, on ne peut, alors que la Loi de finances 2019 est soumise à l’examen des parlementaires, qu’inviter fortement le gouvernement à accélérer le rythme d’ouverture des places. Ce n’est qu’en procurant une place d’hébergement aux personnes qui demandent à la France sa protection, conformément au droit européen et à sa propre législation,  que se réduiront les vives tensions qui affectent aujourd’hui les dispositifs de premier accueil des demandeurs d’asile dans de nombreuses villes et métropoles.