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Réfugiés : de la solidarité globale à la solidarité locale

Le 19 septembre 2016 s’est tenu à New-York, en préambule à la 71ème Assemblée générale des Nations unies, un sommet inédit sur les réfugiés et les migrants. Le monde connaît une crise migratoire sans précédent depuis 1945 : 65 millions de personnes subissent un déplacement forcé de leur foyer, dont 21 millions de réfugiés. Un réfugié sur deux a moins de dix-huit ans. Plus de la moitié des réfugiés vivent dans huit pays (2,5 millions en Turquie, 1,6 million au Pakistan, 1,2 million au Liban), tandis que les pays les plus riches n’en accueillent que 14 %.

L’initiative du Secrétaire général Ban Ki-moon pour répondre d’une manière globale et mieux dimensionnée à cette crise s’est cependant soldée par un échec. Le sommet a accouché d’un catalogue de bonnes intentions : protéger les droits fondamentaux des réfugiés, augmenter l’aide aux pays les plus affectés par la crise syrienne et prioriser l’accès à la scolarité des enfants réfugiés. Quant au Pacte qui portait l’engagement des États à accueillir annuellement sur leur sol, au titre de la réinstallation(*),10% de la population mondiale réfugiée, soit deux millions de personnes, il a vu sa signature reportée à 2018.

 

Réuni le lendemain sur le même sujet par le président états-unien Barack Obama, le sommet réunissant des dirigeants de pays impliqués dans l’accueil des réfugiés s’est conclu par l’annonce que les 48 États participants accueilleraient 360 000 réfugiés au total, sans en préciser le délai ni les modalités, ce qui est bien mais très insuffisant.

 

En Europe, le récent sommet de Bratislava a consacré le clivage entre les États qui ont choisi d’accueillir les réfugiés, au fil de l’eau ou par le moyen d’une répartition équitable, et ceux qui affichent leur refus, rendant toute politique européenne concertée difficile et incomplète.

 

En France, l’annonce de la répartition sur le territoire national des « migrants de Calais » a donné lieu, à côté de messages d’accueil, à des réactions de rejet qui méconnaissent, à dessein ou non, trois réalités qu’on ne peut contester.

 

La première, c’est que ces « migrants » sont dans leur immense majorité des personnes qui ont fui la guerre et la persécution – autrement dit qui ont traversé, avec courage et dignité, des épreuves (déplacement forcé, violences massives et / ou intimes, bombardements, torture, deuils, pertes en tous genres) qu’il est difficile de concevoir pour une population française – heureusement – accoutumée à la paix sur son territoire depuis 1945. Quelle autre réponse possible adresser que l’accueil, et un accueil adapté ?

 

La seconde, c’est que ces personnes, dès lors qu’elles sont reconnues réfugiées, ce qui est le cas d’une grande majorité d’entre eux, et pour peu qu’on les accompagne au début, s’inscrivent avec autant d’énergie que de reconnaissance dans un nouveau départ de leur existence, en apprenant le français, en travaillant, en contribuant à la richesse nationale.

 

La troisième, c’est qu’à répartir 10.000 personnes dans 85 départements, on ne crée pas de nouvelles « jungles », mais au contraire on organise les conditions d’un accueil digne pour les demandeurs d’asile et aisément portable pour les collectivités d’accueil, pour peu que travaillent ensemble les services de l’État, les élus, les populations locales et les associations spécialisées.

 

Forum réfugiés-Cosi en appelle à une solidarité qui trouve des expressions concrètes et adaptées à la hauteur des enjeux, que ce soit au niveau mondial, européen, national ou local. Notre association s’impliquera, comme elle le fait depuis bientôt 35 ans et en lien étroit avec tous les acteurs, dans l’accueil des persécutés et des victimes de la barbarie. Aux frontons de nos mairies, dans la devise républicaine, cela s’appelle la fraternité.

 

 

(*)La réinstallation des réfugiés consiste à transférer vers des pays tiers des réfugiés particulièrement « vulnérables » qui n’ont pas la possibilité de s’établir dans le premier pays d’accueil, ni d’espoir de retour dans leur pays d’origine. Ce mécanisme est à la fois un outil de solidarité avec les pays qui accueillent le plus de réfugiés et un outil de protection pour les réfugiés les plus vulnérables qui ne peuvent rester dans ces pays.