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1975 : Une mobilisation exceptionnelle pour les réfugiés d’Asie du Sud-est

A plusieurs reprises dans l’histoire de la Vème république, la situation dramatique vécue par des personnes fuyant leur pays a suscité une mobilisation des citoyens mais aussi des pouvoirs publics. L’opération la plus importante et la plus emblématique a débuté il y a plus de quarante ans, avec l’accueil de réfugiés en provenance du Vietnam, du Laos et du Cambodge.  

Au printemps 1975, la guerre du Vietnam prend fin et le pays est réunifié au sein d’un régime communiste. Dans le Laos et le Cambodge voisins, des forces révolutionnaires prennent également le pouvoir. Pour fuir les exactions de ces régimes, une partie de la population cherche refuge dans plusieurs pays de la région. Cet exil se poursuivra jusqu’au milieu des années 1990 et concerna plus de 3 millions de personnes. Sur les seules années 1975-1979, le Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) recense 709 369 arrivées dans les pays asiatiques (de Singapour au Japon) dont 311 426 par voie maritime (les boat people). A l’époque, les images des boat people amassés sur des bateaux et parfois victimes d’attaques en mer de Chine du Sud où les actes de piraterie sont nombreux,suscitent une émotion internationale.

 

Dès 1975, la France se mobilise pour organiser l’accueil des réfugiés du Sud-est asiatique. Plusieurs associations sont sollicitées afin de déterminer les moyens à mettre en œuvre pour faire face à la situation et définir le rôle de chacun dans ce dispositif. Le gouvernement français réglemente la venue des réfugiés en fixant des quotas d’accueil, et charge la Croix rouge française d’organiser leur venue.

 

Au  niveau international, 65 gouvernements participent en juillet 1979 à une conférence sur les réfugiés à l’invitation du Secrétaire général des Nations unies. Des promesses de réinstallation dans le monde entier à hauteur de 260 000 personnes sont alors formulées. Jusqu’en 1995, le HCR recense 1,3 millions de personnes réinstallées depuis l’Asie du sud-est dont 822 977 aux Etats Unis. Pour la France, la Croix-Rouge française avait accueilli 83 327 personnes en provenance du Cambodge, du Laos et du Vietnam sur la seule période 1975-1981 et 125 000 au total. 

 

Au-delà du nombre exceptionnel de réfugiés accueillis sur la base d’une démarche visant à aller au devant des besoins de protection à plus de 10 000 km de la métropole, cet épisode est marqué par la mise en place de mesures dérogatoires visant à faciliter l’intégration des nouveaux arrivants en lien étroit avec les associations. L’hébergement est assuré dans un premier temps dans des centres dédiés, les centres provisoires d’hébergement, avec l’appui de comités d’accueil mis en place dans les villes tandis que l’accès au travail est facilité avec l’édiction de mesures plus favorables que pour les autres demandeurs d’asile et réfugiés.  

 

D’autres opérations exceptionnelles seront menées en France dans les années 1990 pour accueillir les réfugiés des Balkans (voir notre article de newsletter de septembre 2015 «  Accueil des réfugiés en France : ce que nous rappelle l’histoire ») . Le déclenchement du conflit en Syrie en 2011 et les déplacements de population exceptionnels qui s’en suivront – plus de 5 millions de Syriens ont fui leur pays - ne susciteront toutefois pas la mobilisation attendue de la part des pays occidentaux. Près de 900 000 Syriens ont demandé l’asile en Europe depuis 2011 et y ont généralement obtenu une protection, l’immense majorité d’entre eux ont dû arriver par leurs propres moyens, souvent au péril de leur vie. En 2015, les 28 pays de l’Union européenne se sont accordés pour réinstaller 22 504 personnes notamment depuis les pays limitrophes de la Syrie, sur une période de deux ans (11 852 réinstallations effectives début novembre 2016), dont 2 376 en France. Bien loin de la mobilisation entamée en 1975 pour répondre à la crise des réfugiés d’Asie du Sud-est.