Flux rss actualités
Partager : Google+ Facebook Twitter del.icio.us

Accueil des réfugiés en France : ce que nous rappelle l’Histoire

L’engagement de la France à accueillir dans les deux années à venir 30 783 personnes relocalisées depuis la Grèce et l’Italie est d’une ampleur exceptionnelle mais pas inédite. Dans l’histoire récente, l’État s’est souvent mobilisé pour mettre en place des dispositifs spécifiques à destination des populations persécutées. Des exilés espagnols de 1939 aux réfugiés kosovars de 1999, une perspective historique permet de rappeler cette tradition d’accueil et de relativiser certaines craintes actuelles.

Le gouvernement a annoncé qu’il donnerait suite aux propositions de la Commission européenne concernant l’accueil de personnes ayant un besoin de protection. La France devrait donc accueillir 30 783 personnes sur les deux prochaines années dans le cadre de la relocalisation (personnes en demande de protection identifiées depuis la Grèce et l’Italie), auxquelles s’ajouteront 2 376 réfugiés dans le cadre de la réinstallation (personnes bénéficiant déjà d’une protection en dehors de l’Union européenne). A ces chiffres (environ 16 500 personnes par an) s’ajouteront les autres demandeurs d’asile qui arrivent en France, autour de 65 000 personnes chaque année depuis 2013.  

 

Bien que l’engagement de la France soit significatif, il n’a rien d’inédit. Lorsque des conflits ont provoqué d’importants déplacements de populations et imposé une réponse urgente, le pays s’est souvent mobilisé pour accueillir un nombre important de réfugiés.

 

En 1939, la répression et les bombardements ordonnés par le général Franco obligent des milliers d’Espagnols à se diriger vers la frontière française. Entre le 28 janvier (date d’ouverture de la frontière décidée par le gouvernement Daladier) et le 13 février 1939, 475 000 personnes trouvent refuge en France. L’accueil est mitigé et de nombreuses personnes font l’objet d’un internement administratif à leur arrivée, mais des milliers de réfugiés espagnols sont aussi hébergés dans des structures mises à disposition par les municipalités dans 70 départements français. Au lendemain de la guerre, on compte encore 240 000 Espagnols en France.

 

Le 11 septembre 1973, le coup d’Etat militaire au Chili pousse des milliers de personnes à quitter le pays pour fuir la dictature du général Pinochet. Dès le 28 septembre 1973, le gouvernement français donne son accord pour l’accueil de réfugiés chiliens. Environ 15 000 personnes arrivent en France et bénéficient d’un élan de solidarité. Un plan d’urgence est mis en place avec une prise en compte des besoins en matière de santé, d’apprentissage du français, d’accompagnement administratif et social. Confrontés à des difficultés d’accès à l’emploi et au logement dans les premiers temps de leur arrivée, les Chiliens s’intègrent finalement à la société française au sein de laquelle leur exil se prolonge.   

 

Dans les années 70, plusieurs pays d’Asie du Sud-est sont également en proie à une importante répression menée par les dirigeants en place. Au Cambodge, le régime des Khmers rouges élimine un tiers de la population. A partir de 1975, le gouvernement français met en place une politique de quotas pour réglementer la venue des réfugiés que la Croix-rouge se charge d’acheminer jusqu’en France. 128 531 ressortissants de l’ancienne Indochine, dont 47 356 Cambodgiens, entrent ainsi légalement sur le territoire français et bénéficient d’une procédure dérogatoire pour obtenir une protection. Accueillis au sein de centres de transit dans un premiers temps, ils se voient ensuite proposer un hébergement en centre provisoire d’hébergement (CPH). Des comités d’accueil facilitent leur intégration et des mesures permettent de faciliter leur accès au marché du travail.

 

Plus récemment, les conflits dans les Balkans entraînent dès le début des années 1990 des déplacements forcés de millions de personnes. A partir de 1992, des dispositifs d’accueil exceptionnels sont mis en place à destination des ressortissants de l’ex-Yougoslavie qui fuient la guerre. Près de 10 000 réfugiés en bénéficient jusqu’en 1995. Quelques années plus tard, en 1999, l’OTAN intervient militairement dans un conflit qui oppose les Serbes et Albanais dans la province du Kosovo. Des milliers de Kosovars cherchent alors refuge en Europe. Un dispositif mis en place par la France permet d’accueillir environ 8 000 personnes dans une période de seulement huit semaines, dont 6 300 évacuées de Macédoine et environ 2 000 personnes arrivées par leurs propres moyens. A cette occasion, 215 centres d’accueil et d’hébergement sont créés soit plus du double des capacités existantes.

 

Lors de ces épisodes d’accueil exceptionnel, des craintes s’étaient exprimées, comme aujourd’hui, à propos des menaces que représentaient ces populations pour l’économie du pays, sa démographie ou sa sécurité. Le recul historique nous permet pourtant d’observer que les personnes ayant bénéficié d’actions de protection par l’État ont toujours contribué à la construction de la France et au renforcement de sa place dans le monde en tant que grande puissance.  

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°10 - septembre 2015