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Assem, histoire d’un double exil

Le 31 juillet 2016, à l'occasion du concert de soutien à la cause des réfugiés organisé par Forum réfugiés-Cosi  qui a rassemblée plus de 2 200 personnes au théâtre romain de Fourvière (Lyon), Assem, est monté sur scène pour témoigner de son parcours. Nous reprenons ici quelques éléments de l’histoire qu’il a bien voulu nous livrer.

Assem a 34 ans, il est Soudanais, né en Arabie Saoudite où son père travaille alors. De retour au Soudan en 1986, son père ne reste que trois ans dans ce pays. Ses activités politiques dissidentes le contraignent à fuir vers la Libye en 1989. Assem, sa mère, son frère et sa sœur le rejoignent quelques temps après.

 

En Libye, la famille d’Assem est installée à Sorman, une petite ville à environ 65 kilomètres à l’ouest de Tripoli. Une petite ville calme, la campagne en bord de mer. La famille loue une maison dans un quartier plutôt résidentiel et le père travaille dans une entreprise libyenne de fabrication de meubles. Assem va à l’école, a de nombreux amis. Une vie simple d’enfant puis d’adolescent. A 19 ans il passe le bac et va à l’université où il suit des études d’économie. Il aimerait travailler dans le pétrole mais en Libye cette activité est interdite aux étrangers. En 2003, alors qu’Assem est à l’université depuis 1 an, son père part travailler au Kenya mais la famille apprend son décès quelques mois plus tard. La mère d’Assem se fait beaucoup aider par la communauté soudanaise de Sorman. Assem commence alors à travailler comme comptable dans des entreprises libyennes. La famille est maintenant bien installée en Libye. Et pourtant leur destin va de nouveau basculer.

 

Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi et la mort de celui-ci en octobre 2011, les conditions de vies des migrants sub-sahariens en terres libyennes deviennent difficiles. Dans un souci diplomatique avec les pays de la région mais également avec l’Union européenne, la Lybie les accueillaient et leur permettait de travailler : ils sont donc désormais identifiés comme des soutiens de l’ancien chef d’État. La famille d’Assem est souvent confinée, les rues deviennent peu sûres. C’est finalement en 2014, après deux années compliquées qu’Assem et sa famille prennent la décision de fuir ce pays d’accueil et de rejoindre l’Europe.

 

Pour venir en Europe, il faut débourser près de 1500 euros par personne pour payer un passeur, prendre un bateau de fortune, risquer sa vie. 200 hommes, femmes, enfants, des Syriens, des Afghans, des Soudanais, des Érythréens, sont entassés dans un vieux bateau de pêche au départ de la ville de Zouará située à une cinquantaine de kilomètres de Sorman où ils résident depuis plus de 25 ans. Ils laissent une nouvelle fois leur vie derrière eux. Sous une chaleur écrasante et affaiblis ils arrivent sains et saufs à Palerme en Sicile après avoir été avoir été identifiés par un hélicoptère et récupéré par des zodiacs. En Sicile, Assem et sa famille restent trois jours dans un foyer où on leur explique que s’ils ne connaissent personne en Italie, ils peuvent continuer leur chemin. Ils font la connaissance de Syriens qui ont fait le voyage dans le même bateau. Ils partent en bus pour Milan, où une organisation s’occuperait d’aider les réfugiés. Arrivés sur place l’organisation n’accueille en réalité que des Syriens.

 

Assem fait alors le choix d’aller vers la France, présentée lors de ses cours à l’université comme la patrie des droits de l’homme. Il prend le train direction Nice par Vintimille, reste une journée à Nice puis cherche à rejoindre Paris. Le parcours s’arrête pourtant à Lyon, faute d’argent pour continuer le voyage.

 

Ensuite c’est la rue, le soutien de la petite communauté soudanaise de Lyon et l’attente à quatre heure du matin devant la préfecture avant d’être orienté avec sa famille au centre de transit de Villeurbanne géré par Forum réfugiés-Cosi. Après l’entretien à l’OFPRA, perçu comme un moment difficile, puis une audience devant la CNDA en février 2016, Assem et sa famille reçoivent une réponse positive le 10 mars 2016.

 

Malgré le soulagement, le parcours continue pour Assem et sa famille : trouver un logement, un emploi, reprendre des études. Il faut tout reconstruire et s’intégrer durablement dans la société française. Aujourd’hui Assem, rêve de continuer ses études d’économie mais il sait qu’il doit d’abord travailler pour subvenir à ses besoins dans l’attente peut-être de fonder un jour sa propre entreprise dans le bâtiment ou dans l’import export.

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°20 - juillet-août 2016