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Au Bangladesh, les droits de l’homme en péril

En 2016, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a enregistré 2 276 premières demandes d’asile de personnes en provenance du Bangladesh, 8ème pays d’origine des demandeurs d’asile cette année-là. Les motifs les plus souvent évoqués pour obtenir une protection sont les activités militantes dans l’opposition mais l’OFPRA note également une augmentation des profils sociétaux (journalistes, bloggeurs, militants syndicaux, etc.). Dans un ouvrage intitulé « Bangladesh, face à l'autoritarisme, les droits de l'Homme en péril », le spécialiste des droits de l’homme Nordine Drici interroge ce niveau de demande d’asile en analysant la situation politique du pays.

Ces dernières semaines, la situation des réfugiés rohingyas au Bangladesh a été fortement médiatisée. Mais peu d’informations et d’analyses nous parviennent sur la situation politique bangladaise et  la situation des défenseurs des droits de l’homme dans ce pays. L’ouvrage de Nordine Drici analyse la situation des ONG, des associations de défense des droits de l’homme mais également la pratique de la torture, l’application de la peine de mort, le phénomène de disparitions forcées, la fragilité des communautés LGBT et la censure des médias. Il se base sur une année de recherches sur des sources variées et sur  des entretiens avec des défenseurs des droits de l’homme se trouvant au Bangladesh.

 

La ligue Alawami règne sans partage depuis sa prise de pouvoir en 2013. La scène politique bangladaise montre des signes de dérives autoritaires de la part de ce parti. Le régime se durcit, et dans sa position de force, il étouffe de plus en plus les voix dissidentes et bride les libertés individuelles. Dans ce contexte de pouvoir autoritaire, les contre-pouvoirs sont limités et les groupes les plus vulnérables craignent d’être laissés pour compte lors des prochaines élections prévues fin 2018.

 

Les mouvements associatifs, bien qu’historiquement très actifs, subissent craintes, intimidations, harcèlement administratif, obstacles financiers, et des répressions meurtrières ont été rapportées ces dernières années : entre février 2013 et juin 2016, au moins 14 défenseurs des droits de l’homme ont été tués au Bangladesh.

 

Nordine Drici explique que les lois ne protègent pas réellement les justiciables des exactions « qui sont légions » et qu’elles tendent plutôt à consacrer l’impunité des forces de l’ordre qui sont pourtant suspectées de violations des droits fondamentaux. Ainsi, bien que le Bangladesh se soit engagé en ratifiant des textes internationaux contre la torture, la transposition en loi nationale n’empêche pas cette pratique, courante et routinière, et les acteurs étatiques (police, armée, parlementaires…) ou non-étatiques (mafieux liés à des partis politiques, groupes armés radicaux…) ayant recours à la torture sont nombreux. De nombreuses autres violations des droits de l’homme sont par ailleurs constatées par Nordine Drici : augmentation des disparitions forcées, condamnations à la peine capitale pour des infractions, arrestations de bloggeurs, menaces sur les journalistes.

 

Nordine Drici est intervenu lors d’une conférence partage organisée par Forum réfugiés-Cosi le 28 novembre 2017. Retrouvez son interview dans la vidéo ci-dessous.

 

Pour aller plus loin : Bangladesh, face à l'autoritarisme, les droits de l'Homme en péril, Nordine Drici, éditions cabinet ND Consultance, 2017

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°34 - décembre 2017