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Au Burundi, les Nations unies évoquent des « crimes contre l’humanité »

Le Burundi traverse une grave crise politique depuis avril 2015, date à laquelle le  président  Pierre Nkurunziza a été élu Président pour un troisième mandat. Depuis son élection contestée, des manifestations ont été violemment réprimées par les forces nationales. De graves violations aux droits de l’homme ont été documentées et qualifiées de crimes contre l’humanité par l’Organisation des Nations unies (ONU).

Dans son premier rapport paru en septembre 2017 ,  la Commission d'enquête sur le Burundi, établie par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies en 2016, s’appuie sur des témoignages faisant état des « violations souvent d’une cruauté extrême, en particulier des exécutions extrajudiciaires, des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture ».  L'ONU qualifie ces violences de « crimes contre l’humanité », définis par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale comme étant « commis dans le cadre d'une attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile et en connaissance de cette attaque ».

 

La crise politique en 2015 a ainsi entraîné une multiplication des violations et atteintes au droit à la vie. Le rapport fait état de la brutalité des forces de l’ordre lors des manifestations politiques, avec des tirs à balles réelles. La répression des manifestations qui ont débuté en 2015 et du coup d’État manqué de mai 2015, a été caractérisée par un usage « disproportionné et souvent indiscriminé de la force létale par les corps de défense et de sécurité ». Le rapport évoque des exécutions de plusieurs membres d’une même famille, des exécutions indiscriminées lors d’opérations dans des quartiers jugés d’opposition, l’enlèvement et la disparition de blessés à l’hôpital, ou encore l’exécution sommaire de nombreux détenus.

 

Les principales victimes sont des jeunes hommes, opposants ou supposés opposants au régime. Mais les membres de la famille sont également visés. Ces violations sont commises en majorité par des membres du service national de renseignement, de la police et de l’armée et par la milice du parti présidentiel CNDD-FDD : les Imbonerakure. La Commission a en outre établi des cas de disparition forcée depuis avril 2015 pour lesquels des témoins ont pu confirmer l’arrestation ou la détention des victimes.

 

Les autorités burundaises nient ou refusent de répondre aux enquêtes. Le 12 septembre 2017, un cadre du parti d'opposition UPD, l'Union pour la paix et le développement, a été enlevé en pleine journée par un groupe de quatre personnes non identifiée dont l’une en tenue de policier et armée. L’association burundaise Forum pour la conscience et le développement (FOCODE) estime à 150 le nombre de disparitions forcées liés à la crise politique et évoque l’existence de cachots secrets. La FOCODE a documenté 40 cas de disparitions qui montrent l’implication particulière des forces nationales : la police nationale, le service national de renseignement, la garde présidentielle et l’armée sont cités dans les enlèvements des militaires des ex-Forces armées burundaises (majoritairement Tutsi).

 

Des enlèvements ont été également attribués aux membres des Imbonerakure. Ces derniers exigent ensuite de la famille une rançon pour libérer leur prisonnier ou rendre son cadavre. Les Imbonerakure agissent en toute impunité, parfois sous le contrôle de l’Etat. Ils sont présents dans toutes les provinces du pays et font régner la loi de la terreur. Leur radicalisation idéologique est croissante ainsi que leur militarisation.

 

La FIDH avait déjà alerté sur la situation au Burundi dans son rapport de juin 2017  : selon elle, la crise au Burundi a fait à ce jour plus de 1 200 morts, de 400 à 900 disparus, 10 000 personnes détenues pour des motifs politiques et elle a poussé plus de 400 000 personnes à l’exil.