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Au Cameroun, la gestion délicate des réfugiés nigérians et centrafricains

Depuis plusieurs mois, le Cameroun fait face à de régulières attaques du groupe Boko Haram au nord de son territoire, frontalier avec le Nigéria et le Tchad. Cet enjeu sécuritaire se couple avec celui de l’accueil des réfugiés originaires du Nigéria d’une part, et de la République centrafricaine (RCA) d’autre part.

Le Cameroun accueille plus de 300 000 réfugiés

 

Le Cameroun accueille plus de 300 000 réfugiés sur son territoire. Parmi eux, 270 776 Centrafricains, et 70 378 Nigérians, d’après des données récentes du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Le Cameroun est ainsi le pays qui accueille le plus de réfugiés centrafricains. La majorité d’entre eux sont installés dans 314 sites et villages à l’est du pays et dans la région de l’Adamaoua, tandis que sept camps supplémentaires de réfugiés ont été ouverts dans ces régions par les autorités, avec le soutien logistique du HCR. Un autre camp a été ouvert à Minawao, plus au Nord, afin d’y accueillir les réfugiés nigérians : ce camp accueille en janvier 2016 plus de 54 000 personnes.

 

Cet afflux de réfugiés que connaît le Cameroun depuis mai 2013 et l’explosion de violences en République centrafricaine met en difficulté les autorités et organisations non-gouvernementales ou des Nations unies. Premièrement car la frontière entre la RCA et le Cameroun est très longue, permettant au moins 30 points d’accès sur une surface de 50 000 km² : cette superficie rend le travail des humanitaires difficiles en termes d’identification et de prise en charge des réfugiés. Par ailleurs, la situation sécuritaire est particulièrement tendue dans l’extrême-nord du pays et dans les régions frontalières : les violences causées par les incursions répétées du groupe Boko Haram ont entraîné le déplacement forcé de plus de 90 000 Camerounais.  

 

Des inquiétudes quant à la situation des réfugiés nigérians

 

Face à la multiplication des attaques de Boko Haram dans l’extrême-nord, des voix s’élèvent pour s’inquiéter du sort des réfugiés et demandeurs d’asile. D’une part en raison de l’insécurité autour des camps de réfugiés, d’autre part car il semblerait que la politique répressive menée par les autorités camerounaises contre Boko Haram se fasse parfois au détriment des droits des demandeurs d’asile et réfugiés. Ainsi, depuis l’été 2015, 20 000 réfugiés nigérians auraient été « rapatriés » au Nigéria. Les autorités alternent entre démenti et justification pour expliquer ces « reconduites à la frontière ».

 

Aucun chiffre officiel ni aucune déclaration des autorités camerounaises ne sont venus commenter ces témoignages alertant sur les expulsions qui seraient fondées sur des arguments économiques et sécuritaires. Ici comme ailleurs, des craintes sont exprimées quant aux risques que des éléments de Boko Haram intègrent le flot de réfugiés et recrutent au sein des camps. Pourtant il semblerait que ce soit l’impossibilité ou le refus de s’enregistrer au sein des camps officiels comme celui de Minawao qui ait justifié l’expulsion de réfugiés nigérians.

 

Malgré les difficultés que peut poser un afflux massif de réfugiés dans plusieurs régions du pays, ces pratiques paraissent contraires aux dispositions de la Convention de Genève relative au statut de réfugié signée par le Cameroun – qui dispose par ailleurs d’une loi nationale sur l’asile entrée en vigueur en 2011 – et notamment au regard du principe de non-refoulement. Mis au courant en juillet 2015 des premiers « rapatriements », le HCR s’est inquiété de possibles expulsions forcées de réfugiés et a appelé les autorités à respecter leurs engagements internationaux en faveur du droit des réfugiés et demandeurs d’asile.  

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°14 janvier 2016