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Au Nigeria, le retour en force de Boko Haram aggrave la situation des populations

En décembre 2016, on croyait le mouvement djihadiste Boko Haram affaiblit, à la fois par les opérations militaires des forces armées nationales des pays du lac Tchad et par ses propres divisions internes. Le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, avait déclaré en décembre 2016 que l’armée avait « écrasé » Boko Haram dans la forêt de Sambisa, l’un des derniers bastions du groupe dans le nord-est du pays. Des combattants avaient été contraints à la reddition au Nigeria, au Niger et au Tchad.

Or, on assiste à un retour en force de Boko Haram. Ces dernières semaines ont été marquées par une intensification des attentats, attaques et enlèvements revendiqués par l’organisation, notamment au Nigeria. L’épisode le plus marquant est l’attaque d’une mission d’exploration pétrolière dans le nord du pays qui a fait 69 morts le 25 juillet 2017.   

 

Selon le rapport Nigeria-country focus du Bureau européen d’appui en matière d’asile publié en juin 2017, les attaques de Boko Haram depuis le début du conflit en 2009 ont causé la fuite de 191 000 Nigérians vers les pays voisins (Niger, Tchad et Cameroun) et le déplacement de 2,5 millions de personnes dans le pays.

 

Le Secrétaire général de l’ONU indique dans un rapport sur la situation en Afrique centrale daté du 31 mai 2017 que « la persistance de la violence et de l’insécurité du fait de Boko Haram a infligé une détresse dévastatrice à de nombreuses familles et communautés de la région du bassin du lac Tchad », évoquant « l’une des plus grandes crises humanitaires » avec « plus de 10 millions de personnes ayant besoin d’aide (…) dans l’ensemble de la région ».

 

Au nord du Cameroun le camp de réfugiés de Minawao, seul du genre dans la région, accueillait près de 60 000 Nigérians en juin 2017 . Saturé, l’approvisionnement en eau et en vivres y est insuffisant et la situation sanitaire se dégrade. L’arrivée de réfugiés nigérians est une source d'inquiétude pour les autorités du Cameroun. Les autorités affirment n’avoir pas les moyens de prendre tout le monde en charge, et redoutent une infiltration des terroristes dans les camps de réfugiés.

 

En mars 2017, le HCR a dénoncé le refoulement de plus de 2 600 Nigérians depuis le Cameroun vers le Nigéria depuis le début de l’année, en violation de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention de l’organisation de l’Union africaine (OUA) sur les réfugiés de 1969, toutes deux ratifiées par le Cameroun. Ces vagues de réfugiés revenant du Cameroun (par la force, par manque d’eau ou de vivres, ou par de mauvaises informations sur la situation sécuritaire du Nigéria) déstabilisent les villes nigérianes proches de la frontière. La zone est détruite, dangereuse et les moyens humanitaires manquent. La ville de Pulka compte 47 000 déplacés, vivant dans des conditions sanitaires dramatiques. A Banki, devenue emblématique de ce chaos humanitaire, on est passé en quelques mois de 28 558 à 44 319 personnes ayant besoin d’une assistance dans cette ville totalement détruite par Boko Haram.

 

Du fait de cette situation, les Nigérians sont de plus en plus nombreux à s’exiler au-delà de la région et les tentatives de rejoindre l’Europe se multiplient. D’après les statistiques de l’agence européenne Frontex le Nigeria est le principal pays d’origine des personnes arrivant en Europe en 2017 (14 123 personnes entre janvier et août 2017).

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°31 - juillet-août 2017