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Au Yémen, les civils pris au piège

Le Yémen a connu comme de nombreux autres pays arabes des manifestations populaires d’ampleur en 2011. Ce soulèvement a provoqué en 2012 le départ du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Le processus de transition s’est cependant enrayé et une guerre civile a éclaté. Celle-ci s’est internationalisée en mars 2015 avec l’engagement militaire d’une coalition menée par l’Arabie Saoudite. Plus d’un an après, la situation humanitaire et sécuritaire est dramatique. 

L’internationalisation du conflit

Deux ans après la démission d’Ali Abdallah Saleh, une rébellion houthie du nom d’un guide spirituel zaïdiste (ou zaydiste, qui est une branche du chiisme) s’est formée au Nord-ouest du Yémen. Cette rébellion est soupçonnée d’avoir le soutien de l’Iran, ce que Téhéran a toujours démenti. Un tiers de la population yéménite est zaïdiste et le pays a été scindé en deux entre 1962 et 1990. Les rebelles estiment avoir été lésés lors de la réunification du pays. Cette rébellion a rapidement pris de l’ampleur et a ravivé les fractures confessionnelles du pays entre le « Nord » zaïdiste et le « Sud » sunnite. Les partisans du président déchu Saleh se sont ralliés aux rebelles afin d’exiger le départ du président Mansour Hadi, nommé président par intérim à la suite de Saleh fin 2011 puis élu au suffrage universel en étant le seul candidat en février 2012. En septembre 2014, ils prennent la ville de Sanaa, siège du gouvernement.

 

En mars 2015, alors que les houthis poursuivaient leur avancée et prenaient la ville d’Aden, l’Arabie saoudite décidait d’intervenir et de soutenir les troupes loyalistes du président Mansour Adi. Le 26 mars, elle se plaça à la tête d’une coalition de neuf pays arabes, débutant des raids aériens et envoyant des troupes au sol. Depuis, la coalition arabe a été accusée à plusieurs reprises de procéder à des bombardements de cibles civiles, tandis que toutes les parties au conflit sont accusées de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire. Derrière les acteurs du conflit, la population est prise au piège.

 

Une grave crise humanitaire

Selon Amnesty international , plus de 80% de la population subvient à ses besoins grâce à l’aide humanitaire. 13 millions de personnes sur les 24 millions d’habitants souffrent d’insécurité alimentaire alors que le blocus aérien et maritime partiel imposé par l’Arabie saoudite ralentit l’arrivée de l’aide humanitaire.

 

Les bombardements et combats ont causé la mort de plus de 6000 personnes dont la moitié de civils. Selon l’UNICEF , six enfants sont tués ou blessés chaque jour. La position géographique du Yémen, enclavé entre l’Arabie Saoudite et Oman et le Golfe d’Aden rend difficile une fuite du pays. Ainsi, 2,4 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du Yémen. D’autres ont réussi à fuir : 176 177 personnes se sont exilées depuis le début du conflit selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) . Parmi elles, 82 317 personnes ont rejoint la Corne de l’Afrique (Djibouti, la Somalie, l’Éthiopie et le Soudan). En 2015, seuls 1390 Yéménites ont demandé l’asile dans l’Union européenne.

 

Outre les rebelles houthis et la coalition arabe, deux autres acteurs s’imposent de plus en plus et profitent du chaos : Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA) n’a jamais été aussi puissant et contrôle aujourd’hui des territoires entiers, tandis que l’État islamique (EI) a multiplié les attaques depuis l’été dernier.

 

Newsletter Forum réfugies-Cosi n°17 - avril 2016