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Autour de la situation sanitaire des migrants, des enjeux forts de santé publique

L’agence nationale de santé publique, Santé publique France, a publié début septembre un numéro spécial de son « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » sur la santé et l’accès aux soins des migrants.

Ce dossier apporte des éclairages sur les enjeux de santé publique liées à l’accès aux soins des migrants, notamment à travers l’étude de la situation sanitaire de personnes présentes dans les campements de la région Hauts-de-France (Calais, Grande-Synthe) ou dans des centres d’hébergement franciliens, ou encore de personnes consultant les Permanences d’accès aux soins de santé ou un centre de santé dédié aux exilés. 

 

Dans les camps de Calais et Grande-Synthe, la situation sanitaire apparait bien différente du fait de « caractéristiques des populations et de conditions de vie très différentes » entre ces lieux. Les politiques sanitaires dans les pays d’origine et les compositions familiales sont à prendre en compte tout comme la qualité de l’hébergement : le camp de Grande-Synthe, installé selon les normes sanitaires internationales, a ainsi connu moins d’alertes infectieuses que celui beaucoup plus instable de Calais.

 

Entre juin 2015 et mars 2016, des bilans ont été réalisés par des infirmières dans les centres d’hébergement d’Ile-de-France accueillant des migrants évacués des campements de fortune parisiens. Ils font apparaitre une présence de personnes principalement originaires du Soudan, d’Afghanistan et d’Erythrée, et une proportion très forte (environ 75%) de personnes déclarant un problème de santé de moins de six mois. 73% des personnes ont été orientés à la fin de l’entretien vers une structure de soin.

 

Une autre étude porte sur les caractéristiques des personnes migrantes consultant dans les permanences d’accès aux soins de santé (PASS) en 2016. Les PASS proposent un accueil inconditionnel et un accompagnement dans l’accès au système de santé des personnes sans couverture médicale ou avec une couverture partielle. Les demandeurs d’asile représentaient 34% des personnes ayant consulté. La demande d’asile ouvre le droit à la couverture maladie universelle, mais l’ouverture de ce droit peut être tardive ce qui explique cette forte sollicitation des PASS par ce public pourtant éligible à un dispositif de santé plus complet.

 

Les enjeux liés à la santé mentale sont abordés dans une recherche du Comité pour la santé des exilés (Comède), qui a analysé les consultations de milliers de patients ces dernières années. Une part importante des personnes reçues ont subie des situations de violence (62%), de torture (14%) ou des violences liées au genre et à l’orientation sexuelle (13%). Ces proportions montent respectivement à 79%, 20% et 17% pour les demandeurs d’asile. Les facteurs de vulnérabilité sociale sont également très présents, notamment l’hébergement précaire qui touche 37% des patients. Les troubles psychiques graves sont constatés chez 17% des personnes. Pour les demandeurs d’asile, le syndrome post traumatique représente 64% de ces troubles, la dépression 18%, un trauma complexe 8% et un trouble anxieux 7%. On constate par ailleurs chez cette population des troubles de la concentration, de l’attention et/ou de la mémoire (54% des demandeurs d’asile), des idées suicidaires (28%) et des situations d’urgence psychiatrique (8%).

 

Ces résultats mettent ainsi en avant la nécessité de prendre en compte la situation spécifique des personnes migrantes dans la mise en place d’une politique de santé publique adaptée. Actuellement, il n’existe qu’une dizaine de centres de santé mentale dédiés à ce public dans l’ensemble de la France – dont le centre de santé Essor géré par Forum réfugiés-Cosi à Villeurbanne (69) – alors que les besoins sont croissants dans un contexte d’augmentation de la demande d’asile.  

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°32 - septembre 2017