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Burundi : tentative de coup d’État et déplacements de populations

Le 13 mai 2015, le général Godefroid Niyombaré annonçait à la radio la destitution du président burundais Pierre Nkurunziza. Mais 48 heures plus tard, ce dernier revenait dans la capitale, tandis que le général instigateur de ce coup d’État était déclaré en fuite. Cette tentative est intervenue alors que les manifestations sont quasi-quotidiennes depuis le 25 avril.

Le Burundi a connu depuis son indépendance en 1963 de nombreux coups d’État, ainsi que et de nombreux épisodes de violences et de guerre civile, notamment entre 1993 et le début des années 2000. Les accords de paix d’Arusha, signés en 2000, ont permis d’amorcer la réconciliation et d’entamer une période de relative stabilité en prévoyant notamment une alternance et un partage du pouvoir entre les principales formations politiques et ethniques du pays (Hutus et Tutsis). En 2005, une nouvelle constitution est adoptée par référendum et vient compléter ces accords, tandis que la même année, Pierre Nkurunziza, un ancien chef rebelle et leader du CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie) est élu par les parlementaires à la présidence. Réélu en 2010 au suffrage universel, lui et son parti revendiquent désormais aujourd’hui sa légitimité à se présenter pour un troisième mandat.

 

Une candidature contestée

 

Le point d’achoppement entre ses soutiens et ses opposants provient de la Constitution et de son article 96 : « Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois ». Pour les opposants au président, celui-ci arrive au terme de deux mandats et doit donc se retirer. Pour ses partisans, le premier mandat ayant été permis grâce à un scrutin réservé aux parlementaires et non à la suite d’un suffrage universel direct comme prévu par la Constitution, il « ne compte pas ». Le 25 avril, le CNDD-FDD réuni en Congrès a ainsi maintenu sa position, et confirmé que Pierre Nkurunziza sera leur candidat pour les élections présidentielles prévues le 26 juin. Une décision qui a provoqué l’intensification d’une mobilisation débutée il y a plus d’un an.

 

Le verrouillage de l’espace démocratique et politique

 

Depuis plusieurs mois, la société civile burundaise s’inquiète d’une limitation de la liberté d’expression, et d’un climat de plus en plus répressif. Le mouvement des jeunes du CNDD-FDD, les Imbonerakure (« Ceux qui voient loin ») ont été accusés à maintes reprises de violences, ce que les autorités ont toujours contesté. Certains acteurs de la société civile et des journalistes ont fait l’objet d’arrestations. Les cas les plus emblématiques concernent Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’association de protection des droits humains APRODH, arrêté en mai 2014 suite à son enquête sur la présence des Imbonerakure à l’est de la République démocratique du Congo, et le directeur de la Radio publique africaine (RPA) Bob Rugurika, arrêté en janvier 2015 suite à la diffusion d’un reportage qui met en cause un proche de Pierre Nkurunziza.

 

La crainte d’une explosion de violences

 

Depuis plusieurs semaines, des milliers de Burundais ont fui le pays vers la République démocratique du Congo, le Rwanda, ou la Tanzanie, par crainte des violences entourant le processus électoral. Ces départs se sont intensifiés depuis le coup d’État manqué du général Godefroid Niyombaré, qui annonçait pourtant la destitution du président le 13 mai 2015. Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 100 000 personnes sont concernées. A Bujumbura, la capitale, les manifestations continuent. La police et l’armée sont mobilisées pour contenir les manifestants hors du centre ville de Bujumbura. Les tirs de sommation se font généralement  en l’air. On comptait toutefois au 26 mai une vingtaine de morts. Les journalistes sur place ont relaté des scènes poignantes de manifestants s’agenouillant face aux soldats, mains en l’air, et chantant l’hymne national. Mais si le bain de sang est évité pour le moment, les craintes sont énormes qu’une étincelle embrase le pays. L’assassinat d’un des leaders de l’opposition, Zedi Feruzi, au soir du samedi 23 mai, risque en tout cas d’y participer.