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Comment s’organisent la recherche et le sauvetage en mer Méditerranée ?

L’opération italienne Mare Nostrum (octobre 2013 – octobre 2014) - initiée par le gouvernement italien à la suite du naufrage de Lampedusa dans lequel 366 migrants et réfugiés avaient trouvé la mort, a marqué un tournant dans l’organisation des opérations de recherche et de sauvetage (SAR – Search and Rescue) en mer Méditerranée, principalement en Méditerranée centrale. En effet, jusqu’en 2013, les opérations de sauvetage étaient principalement conduites par des navires marchands, ainsi que par les garde-côtes italiens ou encore les navires de surveillance des pêches en réponse à des appels de détresse en mer. Si la recherche et le sauvetage constituent une obligation en droit international pour tous les acteurs présents en mer, les naufrages d’octobre 2013 ont rouvert le débat sur la nécessité de partager ces responsabilités afin d’éviter que les navires marchands et les autorités italiennes ne soient seuls face à ce défi. En 2014, les autorités italiennes (garde-côtes, marine et douanes confondus) opéraient 75% des sauvetages en Méditerranée centrale et les navires marchands 25%.

Désormais, les acteurs présents en Méditerranée et compétents pour conduire des opérations de recherche et de sauvetage en mer sont bien plus nombreux et sont de natures diverses. En 2016, les garde-côtes, la marine et les douanes italiens étaient encore responsables de 46% des opérations SAR. La part des sauvetages en Méditerranée assurée par les organisations non gouvernementales (ONG) a quant à elle atteint 22%. Les opérations européennes Triton et EUNavFor Sophia ont assuré  25% des sauvetages en Méditerranée tandis que la part des opérations SAR menées par les navires de la marine marchande est tombée à 8%.

 

Depuis 2016, neuf ONG sont présentes en Méditerranée centrale : Médecins sans frontières, Sea-Watch, Migrant offshore aid station (MOAS), SOS Méditerranée, Pro-Activa, Sea-Eye, Jugend Rettet, Refugee Boat Foundation et Save the Children. Opérant dans un rayon de 10 à 50 km des côtes libyennes, certaines assurent l’entièreté des opérations de sauvetage en transportant les rescapés vers les ports italiens – comme c’est le cas de SOS Méditerranée ou encore MOAS –-, d’autres – comme Sea-Watch et Pro-Activa – se rendent sur les lieux où les bateaux sont en détresse pour distribuer des gilets de sauvetage et une première aide d’urgence en attendant que de plus gros navires opérationnels dans la zone récupèrent les personnes à leur bord.

 

L’opération EUNavFor Sophia, lancée par l’Union européenne en juin 2015 suite à deux naufrages ayant conduit à la mort de plus de 1 200 personnes, est opérationnelle à partir de 322 kilomètres au sud de la Sicile jusqu’aux eaux territoriales libyennes, où elle n’est pas autorisée à pénétrer pour l’instant. Cette opération n’a pas pour principal objectif de conduire des opérations SAR mais de lutter contre l’immigration irrégulière et de démanteler les activités des passeurs. De même l’opération Triton, dirigée par Frontex depuis le 1er novembre 2014 et opérationnelle dans la zone maltaise, jusqu’à 222 kilomètres au sud de la Sicile, n’a véritablement intégré la dimension SAR à ses activités qu’en juillet 2015.

 

La multiplication des acteurs présents en Méditerranée centrale capables de conduire des opérations SAR, ainsi que leur répartition géographique, accroît le potentiel de sauvetage en mer. Cependant, la coordination de tous ces acteurs et l’optimisation de leur positionnement géographique sont indispensables. C’est pourquoi le rôle des centres maritimes nationaux de coordination en matière de sauvetage (MRCC – Maritime Rescue Coordination Centres) est fondamental. Ces centres ont pour rôle de coordonner et de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la sauvegarde de la vie en mer. Les signaux de détresse sont ainsi transmis au MRCC compétent selon sa zone de responsabilité, qui organise les opérations SAR en orientant vers le lieu détresse le ou les navires les plus proches et/ou les plus à même d’assister les naufragés (formation de l’équipage, équipement du navire, etc.). En Méditerranée centrale, c’est essentiellement le MRCC italien qui assure ce rôle. Une fois les migrants et les réfugiés secourus, ils sont conduits en Italie, les pays d’Afrique du Nord ne garantissant pas des conditions d’accueil et de protection suffisantes au regard du droit international, notamment maritime, pour pouvoir les y débarquer.   

 

Malgré la présence de tous ces acteurs opérationnels pouvant assurer des missions SAR en Méditerranée centrale, 4 579 personnes ont perdu la vie dans cette zone en 2016 d’après Frontex. Cela constitue une augmentation de 60% par rapport à 2015, bien plus importante que celle des arrivées en Italie (181 436 personnes, +18% par rapport à 2015). Elle s’explique en partie par un changement de pratiques de la part des réseaux de passeurs qui utilisent désormais des bateaux gonflables et autres radeaux de fortune plutôt que les navires de pêche ou marchands qu’ils utilisaient encore en 2014-2015. Des données qui rappellent la nécessité d’ouvrir des voies légales et sécurisées, permettant aux personnes en quête de protection d’accéder au territoire de l’Union européenne sans risquer une nouvelle fois leur vie et sans alimenter les réseaux criminels qui organisent les passages. 

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°26 - février 2017