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Déplacés du Kurdistan irakien : un sort fragile et incertain

Le directeur de Forum réfugiés-Cosi, Jean-François Ploquin, s’est rendu dans la ville d’Erbil (Kurdistan irakien) les 6 et 7 décembre 2014 dans le cadre de la délégation conduite par le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon. La délégation comportait, outre des représentants du diocèse de Lyon, jumelé avec celui de Mossoul (Irak), des journalistes, des élues de la Région Rhône-Alpes et de la Ville de Lyon, des représentants de fondations et des personnes impliquées dans l’accueil et l’accompagnement de réfugiés irakiens à Lyon.

Le déplacement à Erbil a permis la visite de cinq camps de déplacés irakiens dans le quartier d’Ainkawa qui en compte 26. Majoritairement chrétiens, mais aussi yezidis (autre minorité religieuse de la région), près de 70.000 déplacés internes (soit davantage que le nombre total de demandeurs d’asile en France en 2013) ont fui les menaces et les violences perpétrées par l’Etat islamique (Daech) depuis juillet dernier. La plupart ont tout perdu. Après une première phase d’accueil d’urgence dans des lieux improvisés, les déplacés sont hébergés dans des tentes, des bungalows ou des bâtiments en dur – souvent des constructions inachevées. Le Haut Commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Unicef, l’Organisation internationale des Migrations (OIM), des ONG internationales et locales ainsi que les églises chrétiennes (chaldéenne, syriaque…) assistent les déplacés qui s’apprêtent à affronter les rigueurs de l’hiver. L’accès à l’école et aux études, comme aux soins de santé, reste très insuffisants, de même que l’accès à un travail. L’enjeu humanitaire à l’échelle du pays est encore d’une toute autre ampleur, l’Irak comptant plus de 250.000 réfugiés (dont 214.000 Syriens), 120.000 apatrides, 46.000 réfugiés irakiens rentrés au pays mais dépendant de l’aide humanitaire, et près de trois millions de déplacés internes… (chiffres HCR, septembre 2014).

 

Désormais en sécurité, les déplacés chrétiens et yézidis rencontrés à Erbil envisagent l’avenir de manière ambivalente : s’ils aspirent fondamentalement à rentrer chez eux dès lors que les forces de l’Etat islamique, chassées des villes (Mossoul, Karakosh…) et des villages de la plaine de Ninive où ils vivaient, ne seraient plus une menace pour leur existence, ils sont conscients que non seulement cette perspective peut être lointaine, mais encore qu’il resterait, une fois revenus, à reconstruire la confiance entre les communautés, alors que leurs biens ont souvent été accaparés par le voisinage. Lorsqu’ils pensent au sort des plus jeunes, c’est la question de la scolarité et des études qui prend le dessus, jusqu’à motiver le projet de l’exil. Or l’exil signifie à la fois un refuge pérenne et l’abandon d’une terre habitée depuis des siècles par les Yézidis, près de 2.000 ans par les chrétiens. Sauver sa peau dans l’immédiat ou, à hauteur d’histoire, faire le gros dos et laisser passer un épouvantable orage, tel est le dilemme dans lequel beaucoup s’inscrivent.

 

Les candidats dont le projet d’exil est facilité par la présence antérieure de membres de familles à Paris, Sarcelles, Lyon ou Marseille arrivent en France avec de fortes attentes, avant de prendre la mesure des difficultés ordinaires de l’intégration, à commencer par l’accès à un logement autonome. Dans le seul département du Rhône, 350 ménages de réfugiés sont dans la demande de logement social, pour 200 logements affectés à cette population par un accord entre pouvoirs publics, bailleurs sociaux et Forum réfugiés-Cosi. Dans ce contexte, la perspective de l’arrivée de plusieurs dizaines de familles irakiennes se traduira rapidement par une situation d’impasse et par des incompréhensions, si la mesure n’est pas prise de ces besoins nouveaux en termes de logement et d’accompagnement.

 

Forum réfugiés-Cosi est prêt à relever ce défi, en plus de l’accompagnement ‘ordinaire’ dans la formation, l’emploi et le logement d’un demi-millier de familles par son programme Accelair, qui a permis l’entrée dans le logement de 6.000 réfugiés depuis douze ans. Cela suppose l’effort conjugué de l’État, des collectivités territoriales, des opérateurs de l’asile et des associations et initiatives privées qui se sont déjà manifestées.