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En Ethiopie, un mouvement de contestation durement réprimé

Malgré une croissance économique saluée et médiatisée, la situation politique en Ethiopie se dégrade depuis maintenant un an. En novembre 2015 un mouvement de protestation a éclaté dans la région de l’Oromia en Ethiopie. Les Oromos sont l’ethnie majoritaire en Ethiopie mais ses membres ne profitent pas des retombées de cette croissance économique. Le pouvoir politique et économique demeure entre les mains de l’ethnie tigré, qui représente environ 6% de la population.

Ces manifestations sont parties de la colère provoquée par un projet d’extension des limites territoriales de la capitale Addis-Abeba qui avait pour conséquence l’expulsion de paysans oromos. Le mouvement de protestation s’est étendu dans les régions à majorité Ahmara puis les Afars ont également apporté leur soutien à la contestation. Selon Human Rights Watch , en un an, plus de 400 personnes ont été tuées dans le cadre de la répression qui a accompagné les mouvements de protestation et des dizaines de milliers d’autres ont été arrêtées.

 

Le 8 octobre 2016, le gouvernement a décrété l’instauration de l’état d’urgence afin de limiter ce mouvement qui ne faiblit pas. En un mois, 11 607 personnes auraient été arrêtées, principalement dans les régions oromos, ahmaras et dans la capitale. Les autorités, elles, reconnaissent avoir arrêté 2 500 personnes. La consultation de certains sites d’informations étrangers est devenue prohibée. L’internet mobile est coupé. Quant aux partis politiques, ils ont interdiction de « faire des déclarations à la presse pouvant inciter à la violence ».

 

Malgré ce contexte, des négociations ont été entamées depuis plusieurs mois entre l’Union européenne (UE) et l’Ethiopie pour la signature d’accords de partenariats dans plusieurs domaines. L’un d’eux concerne des actions à mener à destination des réfugiés vivant en Ethiopie, afin d’améliorer leur condition de vie, et ainsi limiter les départs irréguliers vers l’Europe. Ce partenariat s’inscrit dans un contexte de renforcement de la politique d’externalisation des migrations et de l’asile : l’Union européenne cherche ainsi à maitriser la migration depuis les pays de départ (voir notre article de newsletter d’octobre 2016 : «  Coopération avec les pays tiers : enjeux et perspectives  »). Il illustre les craintes exprimées par certains observateurs quant à la perspective d’accords conclus avec des pays où d’importantes violations des droits humains sont constatées.

 

L’Ethiopie est par ailleurs le pays africain qui accueille le plus réfugiés, soit 730 000 personnes. Parmi eux, au moins 265 000 réfugiés Sud-soudanais, 250 000 Somaliens et quelques dizaines de milliers d’Erythréens, qui vivent pour la plupart dans des camps au nord du pays. 

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°23 - novembre 2016