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En Irak, les civils pris entre Daech et la montée en puissance des milices

Depuis la prise de Mossoul en juin 2014, les autorités politiques et religieuses irakiennes ont encouragé la création des Unités de mobilisation populaire pour participer à la lutte contre Daech que l’armée irakienne semble incapable de stopper. Ces milices souvent confessionnelles et en majorité chiite gagnent en influence et se rendent de plus en plus coupables de violences à l’encontre de civils sunnites qu’ils considèrent comme des sympathisants de Daech.

En juin 2014, Daech prenait l’une des villes les plus importantes d’Irak, Mossoul. Face à cette avancée spectaculaire, plusieurs dignitaires religieux et responsables politiques ont appelé à la mobilisation pour lutter contre cette avancée. Ainsi se sont créées les Unités de mobilisation populaire (wahadate al-hachd ach-chaabi). Face à la désorganisation de l’armée régulière irakienne, seules ces milices populaires semblaient en mesure d’assurer la sécurité des populations. Des milices chiites se sont ainsi créées ou se sont réactivées, certaines ayant été créées dans les années 1990 ou suite à l’invasion des États-Unis en 2003. Au nombre de 80 si l’on compte les milices de quartiers ou de tribus, elles sont cependant moins d’une dizaine à jouer un véritable rôle dans le combat contre Daech. La quasi-totalité sont confessionnelles et regroupent uniquement des chiites. D’autres ne regroupent que des sunnites, tandis que dans une moindre mesure, certaines regroupent des combattants chrétiens.

 

L’armée irakienne, plusieurs fois mise en déroute, a montré son manque d’organisation. Rapidement, les milices chiites ont prouvé leur rôle indispensable dans la lutte contre Daech. Mais ce rôle reconnu a peu à peu participé à l’impunité dont elles jouissent et les dérives se sont multipliées. Malgré une coordination assurée notamment grâce à la nomination d’une personne responsable de l’ensemble des milices, chacune d’entre elle possède son propre leader et son propre commandement.

 

Certaines milices chiites ont multiplié ces derniers mois les exactions à l’encontre de civils, et en particulier les sunnites qu’ils rendent responsables de l’avancée de Daech. Homicides, enlèvements et autres violences telles que des destructions de biens sont décrits dès octobre 2015 dans un rapport d’Amnesty international . Selon cette organisation, le rôle joué par ces milices dans le combat contre Daech participe au climat d’impunité dont elles bénéficient. Les violences intercommunautaires redoublent ainsi d’intensité.

 

Dans plusieurs villes et villages du pays, des habitants semblent avoir été victimes d’exécutions sommaires, tandis que les enlèvements suivis de demandes de rançons se sont multipliés, un phénomène qui était déjà fréquents dans le pays entre 2004 et 2008. Certaines personnes ont été exécutées alors même que la famille avait payé la rançon demandée par les ravisseurs. Sous couvert de lutter contre le terrorisme de Daech, ces milices s’en prennent parfois à des civils sunnites ayant fui les villes envahies par Daech ou aux civils des villes nouvellement libérées. Ainsi, Human Rights Watch (HRW) a documenté dans un rapport publié suite à l’assaut donné sur Fallouja le 23 mai dernier les représailles dont ont été victimes les habitants de cette ville restée aux mains de Daech depuis janvier 2014. Selon HRW, les milices qui ont libéré la ville se sont rendues coupables de détentions arbitraires, de disparitions forcées, ainsi que de torture et d’exécutions sommaires. Des civils fuyant les combats lors de l’assaut des milices chiites auraient également été exécutés.