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En République démocratique du Congo, regain de tension autour du report des élections présidentielles

A la fin du mois d’août 2016, les autorités congolaises, soucieuses de montrer leur volonté d’apaiser les tensions liées au processus électoral, ont pris plusieurs mesures dites de « décrispation politique ». Parmi elles, la libération de plusieurs militants de la société civile, dont Christopher Ngoyi, resté plus de 18 mois en détention, ainsi que Fred Bauma et Yves Makwambala, deux militants de la Lutte pour le changement (LUCHA) détenus depuis mars 2015. Parallèlement, les autorités ont invité les partis d’opposition et la société civile à participer à un dialogue national visant à rassembler les différents acteurs de la vie politique afin de trouver une sortie de crise. Ce dialogue, boycotté par la majeure partie des acteurs concernés,  a abouti à la signature d’un accord le 18 octobre dernier.

Parmi les mesures prévues dans cet accord le report des élections présidentielles et législatives à avril 2018. Un calendrier électoral doit par la suite être publié par la commission électorale nationale indépendante (CENI). Le Président Kabila est donc parvenu à organiser son maintien au pouvoir grâce à un glissement du calendrier électoral, exactement ce que redoutait l’opposition. L’accord prévoit également la formation d’un gouvernement d’union nationale, dont le Premier ministre serait issu de l’opposition, et le maintien au pouvoir de Joseph Kabila jusqu’à l’élection de son successeur.

 

La plupart des partis de l’opposition avaient refusé de participer à ce dialogue et ont tout de suite dénoncé cet accord. Le Rassemblement, dirigé par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi, a appelé à l’organisation de « journée villes mortes » dans tout le pays le mercredi 19 octobre. Si la plupart des activités ont bien été paralysées à Kinshasa et Mbuji-Mayi, les autres villes ont peu suivi cet appel. Le mouvement de jeunes LUCHA a lui aussi protesté contre les conclusions du dialogue, les qualifiant de « provocation » : depuis, le mouvement dénonce régulièrement de nouvelles arrestations et détentions arbitraires ainsi que des mauvais traitements infligés à certains de ses militants, notamment à Goma.

 

Ces derniers jours ont également été marqués par la publication par les Nations Unies du bilan des violences et de la répression des manifestations du 19, 20 et 21 septembre derniers. Durant ces trois jours, plusieurs villes du pays et notamment Kinshasa avaient été le théâtre d’affrontements entre manifestants opposés au maintien de Joseph Kabila au pouvoir et les forces de sécurité. Selon le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) 53 personnes au moins ont été tuées, dont quatre policiers, et 143 ont été blessées. 299 personnes ont par ailleurs été arrêtées et détenues arbitrairement. Le BCNUDH a recensé sur ces trois jours plus de 422 victimes de violations des droits humains de la part d’agents étatiques pour la seule ville de Kinshasa. Les Nations unies dénoncent un « usage excessif de la force » à l’encontre des manifestants et ont demandé aux autorités congolaises de mener des investigations « rapides, minutieuses et indépendantes ». Un autre rapport du BCNUDH dénonce par ailleurs l’impunité « clairement scandaleuse » qui règne dans le pays à l’égard des agents des forces de sécurité, et ce depuis des décennies.

 

Cet accord qui est donc loin de rassembler, laisse le pays encore un peu plus dans l’incertitude à l’approche du 19 décembre 2016, date qui devait sonner la fin  du mandat de Joseph Kabila.