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En République démocratique du Congo, une situation sécuritaire alarmante dans un contexte politique instable

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, n’a pas réussi à modifier la Constitution. Il a cependant a réussi à en contourner les exigences pour se maintenir au pouvoir en mettant en avant l’impossibilité d’organiser des élections.

Alors que le 19 décembre 2016 marquait la fin de son second mandat présidentiel, un accord signé le 31 décembre 2016 avec les principaux partis de l’opposition (« Accords de la Saint-Sylvestre ») stipulait la tenue des élections avant fin 2017. Or, la commission électorale (CENI) a finalement publié un calendrier à la fin de novembre 2017 prévoyant la tenue des élections le 23 décembre 2018. La CENI justifie ce report par le manque de moyens logistiques, financiers et les difficultés d’enrôlement des électeurs dans la région du Kasaï en proie à de violents conflits entre groupes armés. Le nouveau président élu entrerait en fonction le 12 janvier 2019. L’opposition a réclamé sans succès la mise en place d’un gouvernement de transition.

 

Joseph Kabila bénéficie du soutien de l’armée et de la police, responsables de nombreuses violations des droits de l’homme et notamment des répressions et arrestations d’opposants politiques. Les manifestations d’opposition réclamant le départ de Kabila sont systématiquement interdites. Lorsqu’elles s’organisent, les forces de l’ordre chargent immédiatement les contestataires.

 

Selon une note du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BNUCDH) de juin 2017 , près de 58% des violations des droits de l’homme documentées durant le premier semestre 2017 ont été commises par des agents de l’Etat, dont les agents de la Police nationale congolaise (PNC), les militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), les agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) et les autorités administratives ou judiciaires. Les agents de l’Etat ont notamment été responsables de l’exécution extrajudiciaire d’au moins 591 personnes, dont 35 femmes et 170 enfants.

 

La crise politique se double d’une grave crise d’insécurité sur une grande partie du territoire où différents groupes armés prolifèrent : rebelles, groupes ethniques, nationaux ou étrangers, s’affrontant entre eux et avec les forces armées nationales. Selon le Conseil des droits de l’homme des Nations unies dans son rapport de septembre 2017 , dans les provinces du Kasaï, du Tanganyika, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le nombre de milices a très fortement augmenté, et les tensions interethniques se sont exacerbées, résultant en un grand nombre d’attaques contre les populations civiles.

 

La situation est explosive mais peu de signe laissent à penser que l’opposition ou la communauté internationale sont en mesure faire sortir la RDC de cette impasse à court terme.

 

Retrouvez ci-dessous l'interview de Dismas Kitenge, président de l’ONG de défense des droits de l’Homme, Groupe Lotus, qu’il a cofondé en 1991. Installé à Kisangani, dans la province de la Tshopo, il effectue un travail de promotion des droits de l’Homme au niveau national, africain et international. M. Kitenge est également professeur associé et chercheur à la faculté de droit de l’université de Kisangani.

 

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°35 - Janvier 2018