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En Somalie, les civils sont les premières victimes des conflits

Samedi 14 octobre 2017, la capitale, Mogadiscio, a été frappée par une attaque au camion piégé, faisant plus de 358 morts et des centaines de blessés. Le groupe terroriste MJC (Mouvement des Jeunes Combattants) plus connu sous le nom d’Al-Shabaab est soupçonné d’en être l’auteur. Le groupe islamiste mène des attaques de ce type depuis plus de 12 ans, et les civils sont les premières victimes.

Al-Shabaab tente de renverser le gouvernement depuis 2006. Malgré des interventions de forces internationales pour lutter contre le terrorisme en Somalie, la menace d’Al-Shabaab est toujours aussi forte. Les Shebabs, membres du groupe, ont été chassés de Mogadiscio en août 2011 et ont ensuite perdu l'essentiel de leurs bastions. Mais ils contrôlent toujours de vastes zones rurales surtout dans le sud du pays, d’où ils mènent des opérations de guérilla et des attentats-suicides, souvent dans la capitale. Le groupe compterait à ce jour 6000 combattants, selon le spécialiste Roland Marchal, chercheur au CERI de Sciences Po Paris.

 

Du 1er janvier 2016 au 14 octobre 2017, la Mission d'assistance des Nations Unies en Somalie (MANUSOM) a recensé 729 civils enlevés par Al-Shabaab. Ce groupe est également responsable de 86 assassinats ciblés et 46 exécutions au cours de cette même période d’après le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme .

 

Les Shebabs s’en prennent directement aux civils soupçonnés d’espionnage ou accusés de ne pas se conformer à leur interprétation de l’Islam. Dans les zones du Sud sous leur contrôle, ils ont ouverts de nombreuses écoles religieuses islamiques pour recruter des enfants. En juin 2016, l’UNICEF a déclaré avoir recensé jusqu’à 5 000 enfants soldats recrutés pour la plupart par Al-Shabaab et des milices claniques.

 

Les civils sont également victimes des autres acteurs du conflit, des frappes aériennes et des combats au sol. Sur la période du 1er janvier 2016 au 14 octobre 2017, la MANUSOM a dénombré un total de 4 585 victimes civiles (2 078 tués et 2 507 blessés), dont 60% attribués à Al-Shabaab, 13% aux milices, 11% aux acteurs étatiques, 4% à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et 12% à d'autres acteurs indéterminés ou non identifiés.

 

Plus de 2 millions de personnes sont actuellement déplacées, selon un rapport de Human Rights Watch . Les groupes armés, Shebabs et autres milices, empêchent les ONG d’accéder aux camps de déplacés et extorquent régulièrement les civils et les convois humanitaires. Les femmes et les jeunes filles déplacées sont particulièrement menacées par les hommes armés et sont victimes de violences sexuelles dans les camps.

 

Malgré ce contexte de menaces terroristes, de conflits et d’urgences humanitaires, des centaines de Somaliens se voient contraints de revenir de l’exil, menacés dans les pays voisins dans lesquels ils avaient trouvé refuge. Le Kenya, en particulier, où vivent 335 000 somaliens, parfois depuis les années 90, accélère depuis 2016 le programme de rapatriement avec l’intention de fermer l'immense camp de Dadaab qui abrite au moins 263 000 Somaliens.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°36 - Février 2018