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En Tchétchénie, la communauté LGBT ciblée par une « purge préventive »

Le 1er avril 2017, le journal russe indépendant Novaïa Gazeta publiait une enquête révélant l’arrestation d’homosexuels et la mort de trois d’entre eux en Tchétchénie, république de la Fédération russe. Une centaine d'hommes, entre 16 et 50 ans, auraient disparus, uniquement en raison de leur homosexualité, réelle ou supposée. Cette campagne anti-gays d’une violence sans précédent aurait été lancée à la fin février par Magomed Daoudov, le président du parlement tchétchène, en réponse aux initiatives de militants de la communauté LGBT qui souhaitaient organiser une marche des fiertés (Gay pride) des lesbiennes, gay, bisexuels, et transgenres (LGBT). C'est là qu'a été donné l'ordre d'une «purge préventive». 

Plusieurs témoignages corroborent l’enquête du journal sur l’existence de véritables camps où sont détenues les personnes arrêtées pour homosexualité, et évoquent des méthodes de maltraitance et de torture particulièrement cruelles. Human rights watch a confirmé ces informations, et Amnesty international a lancé un appel à une « action urgente ».

 

Cette vague de répression brutale s’inscrit dans un contexte où le harcèlement de la communauté LGBT a toujours été monnaie courante en Tchétchénie. Entre les extorsions pratiquées par la police et les humiliations au sein du cercle familial, c'est un véritable climat de terreur qui s'est intensifié depuis l'arrivée au pouvoir en 2005 de Ramzan Kadyrov. Les homosexuels de Tchétchénie sont terrorisés et vivent cachés, craignant d’être dénoncés auprès de leur famille ou des autorités. Des survivants de la purge ont déclaré que la police locale demandait aux parents de tuer leurs enfants gays pour «l'honneur».

 

Dépénalisée en 1993 et retirée de la liste russe des maladies mentales en 1999, l’homosexualité est juridiquement légale en Russie. La Constitution russe interdit toutes formes de discrimination mais elle ne cite pas l'orientation sexuelle parmi les facteurs discriminants. La fédération de Russie a plusieurs fois été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour des discriminations envers les communautés LGBT. Les discriminations et les agressions visant les associations LGBT ou les personnes supposées homosexuelles demeurent courantes en Russie. Soutenus, voire encouragés par les communautés religieuses (l’Eglise orthodoxe voit l’homosexualité comme « le signe précurseur de la fin du monde »), des groupes extrémistes anti-LGBT appellent publiquement à la violence. Attaques, pièges sur internet, violences verbales et physiques sont des phénomènes courants en Russie, comme le décrit l’Ofpra dans sa fiche thématique de 2015 sur les minorités sexuelles en Russie .

 

Ramzan Kadyrov applique ses propres lois en Tchétchénie, en marge de la loi russe, en se référant à la charia. La Tchétchénie est la seule région russe à avoir maintenu l’interdiction de l’homosexualité, les homosexuels hommes pouvant être condamnés à la peine de mort.

 

En réaction aux multiples interpellations de la communauté internationale, le ministre des Affaires étrangères russe a déclaré le 30 mai 2017 qu’il n’y avait « aucun fait concret » à propos des « violations des droits de l'Homme de représentants LGBT en Tchétchénie ou ailleurs en Russie ». La veille, l’association française SOS Homophobie annonçait l’arrivée en France du « premier réfugié tchéchène homosexuel » suite à la dégradation récentes de la situation en Tchétchénie.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°29 - mai 2017