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En Turquie, la répression s’accentue et des centaines de Turcs prennent le chemin de l’exil

La réforme constitutionnelle adoptée dimanche 16 avril 2017 fait passer la Turquie d’un régime parlementaire à un régime présidentiel et donne une série impressionnante de nouveaux pouvoirs au chef de l’Etat. Le président  Recep Tayyip Erdogan peut désormais contrôler les pouvoirs législatif et judiciaire. Il a également repris, le 21 mai, la direction du Parti de la justice et du développement (AKP) dont il est le fondateur. M. Erdogan a également la possibilité de briguer plusieurs mandats, et de rester à la tête du pouvoir jusqu’en 2029.

Un pouvoir sans partage qui vient durcir encore une fois un régime qui a accentué la répression envers ses opposants depuis le putsch avorté de juillet 2016. Les autorités turques ciblent particulièrement de présumés partisans de la mouvance du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis après avoir été accusé de tentative de coup d’Etat. D’après Amnesty International , on compte ainsi plus de 130 000 révocations de fonctionnaires, enseignants, magistrats et militaires. Les licenciements de fonctionnaires sont décidés par « décret-loi », sur la base de motifs arbitraires fondés sur des « liens avec des organisations terroristes ».  Couplé à une invalidation du passeport (des fonctionnaires mais également des membres de leurs familles), le licenciement s’assortit ainsi d’une interdiction tacite de quitter le territoire.

 

46 000 personnes ont par ailleurs été incarcérées, dont au moins 120 journalistes. 168 journaux, radios, maisons d’éditions, télévisons indépendantes ont été fermés.  Le président d’Amnesty International Turquie a été arrêté le 6 juin avec 22 avocats.

 

Malgré les interdictions de quitter le territoire, beaucoup tentent l’exil. Le nombre de demandeurs d’asile turcs a triplé en un an en Allemagne, passant de 1 700 en 2015 à 5 700 en 2016 (majoritairement kurdes.). Si beaucoup ont réussi à sortir du pays, des centaines d'autres ont été capturés près de la frontière du côté turc.

 

La Fédération grecque des droits de l’homme accuse par ailleurs la Grèce dans un communiqué daté du 6 juin d’avoir renvoyé illégalement en Turquie, entre le 24 mai et le 2 juin, plusieurs demandeurs d’asile turcs, dont un journaliste aussitôt emprisonné. L’organisation rappelle au gouvernement grec que le refoulement informel et forcé est « un acte de violence et est une violation flagrante du droit international ». Elle réitère ses inquiétudes concernant la torture et les mauvais traitements qui ont lieu dans les prisons et centres de détention informels en Turquie. Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est dit très préoccupé par ces allégations, et le Commissaire européen aux droits de l’homme, Nils Muiznieks, a demandé aux autorités grecques de cesser immédiatement ces reconduites aux frontières. Les autorités grecques affirment enquêter, et démentent toute implication officielle.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°30 - juin 2017