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Immigration et asile : la Hongrie se fait remarquer pour sa politique ouvertement xénophobe et nationaliste

En mai, le gouvernement hongrois a lancé une consultation publique sur l’immigration, liant ostensiblement la thématique migratoire au terrorisme. Condamnée par les institutions européennes, cette consultation se justifie selon les autorités par la pression migratoire que connait la Hongrie, en particulier la forte hausse du nombre de demandeurs d’asile. Elle s’inscrit dans un contexte national de forte instrumentalisation des questions d’asile et d’immigration.    

Le premier ministre hongrois, issu du parti conservateur Fidesz-Union civique hongroise, au pouvoir depuis 2010, tient depuis plusieurs mois un discours ouvertement xénophobe, nationaliste et anti-européen, sans prendre soin de distinguer les enjeux liés à l’immigration et ceux relevant de l’asile. S’appuyant sur le contexte de forte hausse du nombre de demandeurs d’asile en Hongrie (+126% en 2014 selon Eurostat) et de la popularité croissante des idées d’extrême-droite portées par le parti Jobbik (20% aux dernières élections législatives), Viktor Orban a initié une consultation publique nationale sur l’immigration en mai.

 

Cette dernière prend la forme d’un questionnaire en douze points liant de manière évidente terrorisme et immigration. A titre d’exemple, le questionnaire demande : « Selon certains, l’immigration, qui est mal gérée par Bruxelles, et le développement du terrorisme ont un lien. Êtes-vous d’accord avec cela ? », « Soutiendriez-vous des mesures plus strictes du gouvernement hongrois contre la politique permissive de Bruxelles ? » ou encore « Êtes-vous d’accord avec le fait que le gouvernement devrait soutenir les familles hongroises et leurs futurs bébés, plutôt que les immigrants? ». Si ce questionnaire ne concerne pas directement les demandeurs d’asile et les réfugiés, Viktor Orban avait annoncé en février 2015, la possibilité d’introduire une série de mesures visant à réduire le nombre de demandeurs d’asile dans le pays notamment par le traitement accéléré des demandes d’asile, le placement en rétention systématique de tous les migrants en situation irrégulière- y compris les demandeurs d’asile- et leur contribution au financement des facilités d’accueil offertes en Hongrie. En réaction, le Parlement européen a voté une résolution le 10 juin dans laquelle il demande à la Commission européenne d’évaluer la situation en Hongrie et d’établir un mécanisme pour surveiller la démocratie, l’état de droit et les droits de l’homme, chaque année dans tous les pays de l’UE.

 

Viktor Orban a également fermement rejeté la proposition de la Commission européenne d’introduire un mécanisme de répartition des demandeurs d’asile et des réfugiés dans l’UE et a lancé la construction d’un mur de quatre mètres de haut le long de sa frontière avec la Serbie. Dernièrement, le pays a fait la une de l’actualité européenne en annonçant vouloir suspendre l’application du règlement Dublin III, lequel permet de déterminer l’État membre responsable du traitement d’une demande d’asile. Bien qu’il soit revenu sur cette décision quelques heures seulement après son annonce, on peut s’inquiéter d’une telle volonté de rupture avec l’Union et son acquis en matière d’asile.

 

Outre la condamnation des propos tenus par le gouvernement hongrois et des tentatives d’instrumentalisation des questions d’asile et d’immigration dans un contexte de renforcement des mesures anti-terroristes, l’ampleur de ce débat est préoccupante alors que la part des ressortissants étrangers (migrants, demandeurs d’asile et réfugiés) en Hongrie est relativement faible. Selon Eurostat, les migrants « de long-terme » en situation régulière représentaient moins de 1% de la population hongroise en 2013. De plus, bien que selon Frontex, la Hongrie soit la troisième porte d’entrée dans l’UE pour les migrants en situation irrégulière (y compris les demandeurs d’asile), le pays est davantage un pays de transit que d’accueil. Par exemple, 80% des demandeurs d’asile ne restent en moyenne qu’une dizaine de jours en Hongrie avant de continuer leur route vers d’autres États membres de l’UE, selon le Comité Helsinki Hongrois.

 

S’il est pour l’instant peu probable que les mesures envisagées par Viktor Orban soient mises en œuvre (elles sont pour la majorité en contradiction avec les obligations européennes et internationales de la Hongrie), on peut s’inquiéter de l’impact de tels propos sur l’opinion publique hongroise et, par ricochet, sur les populations d’origine étrangère et ce, quelle que soit leur statut. Dans un rapport publié le 9 juin, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe (ECRI) s’inquiète de la violence raciste à l’encontre des Roms, des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés et du discours de haine ouvertement anti-rom, antisémite, homophobe et xénophobe du parti Jobbik. Cette Commission souligne que ces discours de haine ne sont pas limités aux partis et groupes extrémistes mais se retrouvent dans tout le spectre politique et dans des médias populaires.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°8 - juin 2015