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Intégration : vers une révision de la formation linguistique ?

Connaître la langue du pays d’accueil est un prérequis indispensable en matière d’intégration. Cela conditionne souvent l’accès à l’emploi, au logement, et plus généralement permet de mieux comprendre les codes culturels de la société d’accueil. En France, tous les étrangers primo-arrivants n’ayant pas un niveau suffisant en français se voient prescrire une formation linguistique dans le cadre du « contrat d’intégration républicaine » (CIR). Un récent rapport du Sénat a cependant pointé les limites de ce dispositif.

Publié au nom de la commission des finances par le sénateur Roger Karoutchi, ce rapport d’information rendu public début septembre décrit une formation à la durée trop courte (200 h maximum), qui ne permet qu’à la moitié des bénéficiaires d’atteindre le niveau requis (A1) qui ne permet qu’une communication très simple. A titre de comparaison, la formation linguistique proposée en Allemagne permet d’atteindre un niveau permettant de mener une conversation avec aisance (B2).

 

Au 31 décembre 2016, plus de la moitié des 26 189 personnes orientées vers une formation linguistique se sont vu prescrire la durée maximale de formation. Le parcours moyen s’élève à 148 heures, en baisse significative depuis la réforme introduite par la loi du 7 mars 2016 – la durée moyenne était de 240 heures en 2012 - dont le sénateur estime qu’elle n’est « pas à la hauteur des objectifs affichés ». Il est par ailleurs constaté que cette formation est « trop dense et académique, inadaptée aux besoins des étrangers primo-arrivants ». Le rapport recommande notamment d’ « adapter le volume horaire à l’objectif linguistique fixé », de « former des groupes de niveau plus homogènes ».

 

Plus largement, il semble nécessaire de proposer une meilleure adaptation des formations à la diversité des compétences et des projets professionnels. Les expériences innovantes qui ont prouvé leur efficacité en matière d’insertion professionnelle pourraient ainsi être généralisées.Dans le cadre du dispositif Accelair , dédié à l’intégration des bénéficiaires d’une protection internationale dans le Rhône, Forum réfugiés-Cosi met en place une action d’une durée de 235 heures composée de 200 heures de face-à-face pédagogique alternant des temps de formation Français Langue Etrangère (FLE) et de construction du projet professionnel ainsi que de la découverte du monde du travail via un passage de 35 heures en entreprise. Des cours de FLE adaptés aux métiers sont par ailleurs dispensés depuis 2008 avec des résultats probants : 70% des personnes ayant suivi ces formations ont trouvé un emploi dans les 3 mois suivant la fin du programme.

 

Du point de vue budgétaire, le rapport sénatorial juge la formation actuelle coûteuse au regard des résultats. La question des moyens accordé à ces dispositifs, mais plus largement à la politique d’asile, d’immigration et d’intégration, sera débattue lors de l’examen du projet de loi de finances 2018 présenté en Conseil des ministres le 27 septembre 2017. Il s’agira de mettre en œuvre les annonces contenues dans le plan gouvernemental du 12 juillet dernier qui prévoit que  « les cours de français dispensés dans le cadre du contrat d’intégration républicaine [soient] intensifiés en visant leur doublement », dans le cadre d’une refonte globale de la politique d’intégration.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°32 - septembre 2017