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Intégrer vite et bien, un investissement bénéfique pour les pays d’accueil

Selon le Bureau européen d’appui en matière d’asile (BEA), plus d’1,3 million de demandeurs d’asile ont été enregistrés dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne (UE) en 2015. Parmi eux, plus de la moitié sont originaires d’un pays en guerre ou en proie aux persécutions et ont donc vocation à être protégés. Qui dit protection, dit bien sûr accueil, mais aussi intégration. Il est donc primordial de faciliter l’accès aux formations linguistiques et professionnelles et à l’éducation, y compris à l’enseignement supérieur, et de prendre en compte les perspectives d’intégration socio-économique des réfugiés dans l’accompagnement qui leur est offert. L’accueil doit être pensé sur le long terme car une partie importante de ces personnes ne pourront pas rentrer dans leur pays du fait d’un contexte de conflit généralisé ou des menaces de persécutions qu’elles y encourent. Comment faciliter leur intégration sur le marché de l’emploi et dans nos sociétés ?

Un rapport publié par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) le 28 janvier 2016 montre que la capacité des réfugiés à pleinement contribuer aux économies et au bon fonctionnement des sociétés d’accueil dépend très largement de la qualité des politiques d’intégration, de la rapidité et de l’étendue de leur mise en œuvre.

Selon le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, miser sur l’intégration des réfugiés est « un très bon investissement » s’il est « bien géré ». Le rapport présente les leçons tirées des expériences partagées par les pays de l’OCDE en matière d’intégration des réfugiés. Ces leçons, formulées comme des recommandations, permettent d’optimiser les programmes et mesure d’intégration des réfugiés.

 

Tout d’abord, il s’agit de mettre en place les programmes de formation linguistique et professionnelle, d’assurer l’accès au système scolaire et universitaire pour les enfants et les jeunes et de faciliter l’accès à l’emploi le plus tôt possible, soit dès l’obtention du statut de réfugié, soit, dans le cas des demandeurs d’asile ayant de très fortes chances d’être protégés, dès l’arrivée sur le territoire.

 

Ensuite, le rapport insiste sur le fait que l’intégration socio-économique suppose la mise en œuvre d’une approche globale et la plus individualisée possible, – véritable enjeu lorsque le nombre de personnes concernées est très important comme en Allemagne ou en Suède – qui prenne en compte la santé physique et mentale, la situation familiale ainsi que le bagage professionnel et de formation des réfugiés.

À titre d’exemple, les problèmes de santé mentale peuvent avoir un impact énorme sur la capacité d’un réfugié à se concentrer pour l’apprentissage d’une langue ou à être ponctuel sur son lieu de travail. Or, seule la Suède procède pour l’instant à une évaluation systématique de la santé mentale. La situation familiale est également un facteur clé impactant largement l’intégration : les perspectives de voir sa famille le rejoindre à court ou moyen terme stimulent le réfugié et l’encouragent à apprendre la langue du pays d’accueil et à rapidement trouver un moyen de subvenir aux besoins de sa famille, tandis qu’une séparation prolongée plonge les personnes dans des situations de détresse psychologique et de souffrance affective.

 

Enfin, l’OCDE recommande aux États de prendre en compte les perspectives d’intégration économique lorsqu’ils mettent en place des schémas directifs de répartition des populations réfugiées sur leur territoire et de ne pas se baser simplement sur l’offre de logement.

Les moyens humains et financiers nécessaires doivent être mis à disposition des territoires et les autorités locales doivent mobiliser leurs citoyens : les pratiques les plus prometteuses en matière d’intégration, telles que les programmes de mentorat au Canada, en Norvège, en Nouvelle-Zélande et au Danemark, sont le résultat d’un travail de coopération entre les autorités, les associations, les entreprises, les citoyens et les réfugiés.

 

Les résultats de ce rapport ont amené le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) à se joindre à l’OCDE pour appeler dans une déclaration commune à « intensifier les politiques d'intégration en faveur des réfugiés ».

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°15 - février 2016