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L’accueil, récit d’un demandeur d’asile

C.L., demandeur d’asile fait part dans ce récit de son ressenti à propos des premiers mois de son accueil par la France. Un témoignage rédigé en 2008 au sein d’un atelier d’écriture mis en place par Forum réfugiés-Cosi, qui a accompagné cette personne pendant plusieurs mois.

 

Je suis originaire de la République Démocratique du Congo, Je suis arrivé ici en France le 30 décembre 2006 à l’aéroport Charles-de-Gaulle de Paris. Contrairement à beaucoup de passagers qui étaient attendus par leurs familles, par leurs amis, moi il n’y avait personne pour m'accueillir. Mon premier sentiment fut donc la solitude, et beaucoup de tristesse aussi. Solitude aussi parce qu'il faisait froid.

 

J'étais triste parce que dès l'aéroport les gens étaient emmitouflés dans des lourds vêtements pour se protéger contre le froid alors que dans mon pays j'avais laissé un soleil radieux et qui n'avait pas honte de se montrer à nous. Tristesse parce que je venais de quitter mon pays dans des conditions dramatiques et craignant pour mon intégrité physique. Persécutions. « Ingrate patrie, tu n'auras pas mes os ! » aurais-je pu m’écrier, comme un philosophe grec de l'antiquité dont j'oublie le nom. Tristesse parce que j'ai laissé ma famille et plus particulièrement ma mère, l'être que j'aime le plus au monde sans savoir quand je pourrais la revoir. Des questions ont trotté dans ma tête dans le hall de l'aéroport : serais-je parti si j'avais eu le choix ? Dans de telles conditions ? Peut-être oui, peut-être non. Une chose est sûre : je n'ai jamais souhaité partir de cette manière.

 

De l’aéroport, je suis allé à l'hôtel quelques jours, d'où j'ai appelé mon ancien patron pour le mettre au courant de ma nouvelle situation. Il m'a donné le numéro de téléphone d'un des ses cousins installé ici en me disant « Appelle-le, il s'occupera bien de toi ! ». Ce dernier est effectivement venu me prendre à l'hôtel pour me conduire chez lui. Il m'a gentiment offert de dormir sur son canapé au salon avec un simple drap pour me couvrir alors qu'il coupait le chauffage (du salon seulement ?) au moment de dormir ! Accueil chaleureux.

 

J'avais peur de sortir prendre l’air. Normal pour le sans - papier que je suis devenu en changeant de pays. Sans-papier ? Oui ; sans le papier ? Non ! Car j'avais tout laissé derrière moi, mes « papiers » y compris. D'ailleurs je n'y ai pas laissé que mes papiers et ma famille, j'y ai aussi laissé ma position sociale, la place que j'occupais dans notre société. J'étais allé à l'université (un véritable privilège dans ma « contrée !), j'avais un métier, élève-avocat, j'avais une fiancée belle et aimante, la vie me souriait ...

Tout a changé aujourd'hui.

 

Quoiqu'il en soit, je me suis plaint du froid auprès de mon hôte et en réponse, il m'a réveillé un matin pour me conduire à la gare, il m'a mis dans un train pour Lyon et m'a donné un numéro de téléphone à appeler dès que je serais arrivé pour qu'on vienne me chercher, Encore un numéro !

 

Tout s'est à peu près bien passé dans cette nouvelle famille mais je ne me suis pas senti plus à l'aise ici que dans la précédente famille. La main qui demande ne pose pas de conditions, dit un proverbe de mon pays. Deux jours après mon arrivée, j'ai été conduit au Secours Catholique et à Forum réfugiés, rue Garibaldi. Voilà comment a débuté ma procédure de demande d'asile.

 

J'allais seul à la préfecture ou à Forum réfugiés, je me perdais beaucoup les premiers jours, surtout quand je prenais le métro. Normal, il n'y en a pas chez moi. On m'a appris que je pouvais trouver une place dans un foyer accueillant les demandeurs d’asile, mais, il fallait d'abord passer par le 115. Donc j’ai commencé à dormir à « Train de nuit » vers Perrache. Une expérience douloureuse. Il faut dire que dormir dans un bungalow avec trois autres personnes , des clochards et autres ivrognes et blessés de la vie n'est pas, soyons diplomate, très réjouissant. Ça sentait l'alcool, la sueur et le tabac.

 

Et comme on ne pouvait pas aérer la pièce, on était en hiver, je dormais difficilement et l'asthme dont j'avais longuement souffert dans mon enfance s'est manifesté. Au bout d'un certain temps je me suis décidé à aller en parler à la personne qui m'avait si gentiment dénichée cette Elle s'appelait Marithé, du Secours Catholique, une femme très gentille et serviable. Sans connaître le but de ma visite du jour, elle m'accueillit avec un large sourire et une joie sincère pour me dire qu'elle avait trouvé mieux pour moi, une place dans un centre pour demandeur d’asile avec tout le confort qui va avec. Merci, lui ai-je dit. Que dire d'autre devant tant d'amour ?

Voilà comment je suis arrivé au Centre de transit de Forum réfugiés, rue de la Baïsse à Villeurbanne. Un palace, ou presque, comparé à ma situation précédente. J'avais du mal à réaliser, j'avais maintenant ma propre chambre comme dans mon pays et personne ne viendrait encore m'embêter. L'équipe du Centre de transit était super gentille avec moi notamment Dominique la secrétaire, Alice qui s'occupait de la comptabilité, Estelle qui suivait mon dossier de demande et les autres. Je m'y suis plu énormément. Tous les huit jours environ j'avais droit à un ticket-cinéma. Et comme j'aime le cinéma, je ne me suis pas privé. J'y ai vécu en harmonie avec mes voisins du couloir parmi lesquels il Centre d’accueil pour demandeur d’asile (CADA) de Bron, rue Hélène Boucher. J'étais content de rester à Lyon car j'étais tombé sous le charme de cette ville si calme et si différente de la mégalopole qu'est Paris.

 

Julien est venu me prendre le 23 avril 2007 si je ne m'abuse et, en compagnie d'un compatriote, m'a conduit à Bron et m'a montré ma nouvelle chambre. Celle-ci était un petit peu plus grande que la dernière. J'ai également aimé l'accueil et le suivi que j'ai eu et dont je continue de bénéficier pour ma demande d’asile. On prend soin de moi, et c'est bien. Je prends soin à mon tour de l'espace que la France a bien voulu m'octroyer ; il faut dire que tel n'est pas le cas pour tout le monde malheureusement. C'est la moindre des choses je trouve parce que quand je pense que il y a des gens qui sont nés ici et qui dorment dans la rue dans le froid et toutes les intempéries ! Mon palier est plutôt propre, nous y veillons du mieux que nous pouvons. Les mêmes problèmes relatifs à la propreté restent malgré tout car certains des occupants ne prennent pas soin des installations et puis il y a aussi le service de ménage qui n'est pas toujours fait alors...Et puis j'aurais bien voulu m'évader aussi souvent au cinéma comme je le faisais quand j'étais Villeurbanne pour oublier mes soucis quotidiens mais voilà.

 

L'accueil a été et est toujours chaleureux malgré le changement de personnel. Pour un homme qui a connu le froid, pas trop quand même, soyons modeste, je peux dire que je suis chez moi. J'ai appris à aimer mon quartier et ses habitants. Il y a beaucoup de mes compatriotes autour de moi avec qui je parle mon lingala natal, on mange ensemble de la nourriture du pays, on parle de nos familles respectives, de « là-bas » et de tout. On fait des projets pour l'avenir sans savoir quel avenir on a dans ce pays qui se ferme et qui a si peur de nous autres étrangers, du moins ses autorités parce que le peuple lui est, il me semble, plus sympathique.

 

Dernièrement, nous avons été en Ardèche avec les animateurs des différents CADA. Un séjour inoubliable. J'aurais aimé que ça ne s'arrête pas, qu'on vive toujours ensemble, ainsi, sans les soucis et tout mais voilà. Nous avons fait des photos, on a pique-niqué au bord de l'eau. Paradisiaque comme endroit. On a été visité un village médiéval, Desaignes. Je ne l'aurais jamais imaginé. Je m'y suis imprégné de la dureté de la vie de l'époque. Nous avons visité des villages dans l'arrière-pays ardéchois. On a fait une randonnée, sous la pluie dans la montagne, quinze kilomètres environ. Je respirais à pleins poumons ! J'ai vu la source de la Loire, le plus long fleuve de France. J'ai escaladé le Mont Gerbier des Joncs qui culmine à un millier de mètre d'altitude tout de même, un vrai défi sportif. Et puis il a fallu rentrer sur Lyon, hélas, pour me rendre compte si j'avais oublié que je suis toujours demandeur d'asile et que mon statut n’est pas encore déterminé. Dix-sept mois que ça dure !

 

L'équipe du CADA en général et les habitants des coins visités ont été super gentils avec nous. Il faut dire que la chaleur humaine, les défis physiques et la campagne m'ont souvent manqué ces derniers temps.

 

Nous sommes à la mi-juin, bientôt ce sera la rentrée des classes et mon souhait le plus ardent est de retourner à l'université pour reprendre mes études. Cela me semble compromis malgré l'aide que je reçois et la bonne volonté affichée ! Pourquoi la France ne me laisse-t-elle pas aller à l'université puisqu'elle ne me donne pas déjà le droit de travailler ? Pour ne pas trop m'ennuyer, je sors et me dirige ci et là, au hasard. Je lis beaucoup, Dieu merci ! Je sors tous les jours, encore merci. Mais on ne peut pas lire tout le temps tout comme on ne peut pas sortir tout le temps. Je veux autre chose, moi, un défi motivant, pour meubler honorablement mon temps. Je me sens un peu coupable de ne rien faire de bien concret de mon temps. Des gens peinent à la tâche et paient des impôts pour que moi j'ai un endroit dormir, de quoi manger et de quoi me vêtir. En échange, je fais quoi de mon temps ? Si seulement je pouvais, au moins, reprendre mes études ! Mais voilà, ça c'est une autre histoire. »

 

C.L. - 2008