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La coupure d’Internet, outil contre la liberté d’expression et d’information au Cameroun

Jeudi 20 avril 2017, les habitants des régions anglophones du Cameroun ont vu enfin rétablie leur connexion à Internet. Trois mois auparavant, les fournisseurs d'accès avaient suspendu leurs services, à la demande du gouvernement de Paul Biya, dans deux régions majoritairement anglophones, secouées par une crise politique et sociétale. Au-delà des arrestations et des incarcérations, couper Internet est devenu une nouvelle forme de répression politique. L’accès à Internet est en effet étroitement lié à la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à l’information et la liberté de la presse.

Cette censure est une atteinte aux droits de l’homme au regard de la résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, signée le 1er juillet 2016, qui affirme la promotion, la protection et la jouissance des droits de l’homme en ligne. Si la résolution n’est pas contraignante, elle condamne sans équivoque les mesures visant à « empêcher intentionnellement ou perturber l’accès à la dissémination de l’information en ligne ». En outre, en novembre 2016, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), dont le Cameroun est membre, a adopté et signé la résolution sur le droit à la liberté d’information et d’expression sur Internet en Afrique , qui dispose notamment que “tout individu doit avoir une chance égale pour exercer son droit à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, sans discrimination aucune”.

 

Des coupures ont déjà eu lieu ces dernières années au Congo, au Togo, au Gabon, ou au Tchad, mais le Cameroun détient le record de longévité puisque cela faisait 3 mois que des millions de camerounais des régions anglophones étaient privés d’Internet. Les anglophones, qui représentent environ 20% des 22,5 millions de Camerounais, dénoncent, depuis novembre 2016, par des manifestations et des grèves sévèrement réprimées par les forces de l’ordre, la remise en cause progressive du bilinguisme et leur marginalisation.  La censure d’Internet a été une tentative pour le pouvoir d’étouffer les contestations. Dans une  lettre adressée au Président Paul Biya, le 22 janvier 2017, des organisations de la société civile dénonçaient ces coupures qui « perturbent la libre circulation de l’information et posent un voile qui permet à la répression de se déployer, sans regard extérieur. »

 

Dans un pays qui se targue d’être l’un des pionniers de l’économie digitale en Afrique centrale, l’inaccessibilité au réseau dans la Silicon Moutain (surnom donné à la ville de Buéa) a par ailleurs de forts impacts sur l’économie. L’ONG Internet sans frontières estime que la coupure d’Internet a entraîné une perte de 1,35 million de dollars pour l’économie du Cameroun.

 

Afin de contourner la censure, les entreprises ont fini par créer un « camp de réfugiés internet», situé entre le Littoral « connecté » et le Sud-Ouest « sevré ». Dans ce climat d’incertitude, les jeunes entrepreneurs pensent à quitter le Cameroun pour des pays comme le Nigeria, l’Afrique du Sud, les États-Unis ou le Royaume-Uni.

 

Après trois mois de coupure, Internet est désormais de retour dans la partie anglophone du Cameroun mais tous préfèrent rester prudents et craignent de nouvelles utilisations de cette pratique par les autorités.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°28 - avril 2017