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Le Kosovo, un pays à la dérive ?

Selon les estimations des médias kosovars, entre 100 000 et 200 000 personnes auraient quitté le Kosovo en quelques mois, soit environ 10% de la population.

Une émigration massive

Familles, jeunes au chômage, mais aussi de plus en plus de personnes qui occupaient un emploi et vendent terrain, maison ou cheptel pour partir. Le trajet est le même pour quasiment tous : le passage du Kosovo à la Serbie ne nécessitant pas de visa, beaucoup traversent la frontière en direction du Nord afin de rejoindre Subotica, une ville serbe frontalière de la Hongrie. De là, des réseaux de passeurs organisent les passages vers la Hongrie.

 

La Hongrie est ainsi totalement dépassée par les événements : pour le seul mois de janvier 2015, 11 000 demandes d’asile de ressortissants kosovars ont été déposées, contre 21 000 pour l’ensemble de l’année 2014 (42 277 toutes nationalités confondues). L’Allemagne et l’Autriche sont dans une situation de saturation similaire, à tel point que l’Allemagne a décidé de mettre en place une procédure accélérée pour traiter les dossiers, afin qu’une décision soit rendue en deux semaines, contre plusieurs mois normalement.

 

Le Kosovo, un pays à la souveraineté limitée, gangréné par la corruption et le crime organisé

Le Kosovo a déclaré son indépendance le 17 février 2008, après neuf années passées sous mandat international. Mais aujourd’hui encore, le pays demeure sous perfusion, et sa souveraineté est limitée : des missions de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ou de l’Union européenne (UE) continuent d’assurer des missions de police et de justice, et plusieurs pays, y compris au sein de l’UE, n’ont pas reconnu son indépendance (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie et Slovaquie).

 

Eulex, l’une des plus importantes missions extérieures de l’UE, est chargée notamment d’enquêter sur la corruption et le crime organisé. Seulement, cette mission a été entachée elle-même d’un scandale de corruption. Cette situation est révélatrice de l’état du pays : des élites politiques et économiques en place depuis la fin du conflit de 1999, qui légitiment leur place par une apparente stabilité du pays, mais qui œuvrent essentiellement pour leurs intérêts propres et non pour l’intérêt général. Certains observateurs parlent d’élites « prédatrices », protégées par leurs réseaux clientélistes.

 

Hashim Thaçi, figure politique du pays depuis le début des années 2000 et actuellement Premier Ministre, est le symbole de cet État corrompu. Crimes de guerre, corruption, crime organisé… depuis plusieurs années, les accusations à son encontre sont régulières et documentées, y compris celles qui l’impliquent dans l’affaire des trafics d’organes d’anciens prisonniers serbes.

 

Dans une résolution du 11 mars 2015, le Parlement européen se disait « préoccupé par l'absence de tout progrès notable dans la lutte contre la grande corruption et la criminalité organisée ce qui représente un obstacle important au développement démocratique, social et économique du Kosovo ». En décembre 2014, le Conseil d’Etat français reconnaissait quant à lui que les autorités étaient incapables d’assurer une protection suffisante à certaines catégories de la population, dans une décision annulant le placement du Kosovo sur la liste des pays d’origine sûrs suite à un recours de plusieurs associations dont Forum réfugiés-Cosi.

 

Si la migration est un phénomène ancien au Kosovo, les proportions qu’elle prend aujourd’hui la rendent dramatique pour l’avenir du pays. Les autorités du pays renvoient la responsabilité de ces départs tantôt à la Serbie voisine, tantôt à l’Union européenne. La corruption, la faillite du système judiciaire et l’impunité excluent pourtant les citoyens de la protection que doit apporter un État de droit. Cependant, les autorités ne semblent pas prendre la mesure de ces facteurs dans l’exil de sa population.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°5 - mars 2015