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Le Kosovo, un pays sûr pour toute la population ?

Le 9 octobre 2015, le conseil d’administration de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a modifié la liste des « pays d’origine sûrs », en y ajoutant le Kosovo. Pourtant un an avant, le Conseil d’État donnait raison à Forum réfugiés-Cosi et d’autres associations en annulant le placement du pays sur cette liste. La situation a-t-elle suffisamment changé pour revenir sur cette décision du Conseil d’État ?

Le 10 octobre 2014, le Conseil d’État considérait que le Kosovo « ne présentait pas, à la date de la décision attaquée, eu égard à l’instabilité du contexte économique et social propre à ce pays ainsi qu’aux violences auxquelles restent exposées certaines catégories de sa population, sans garantie de pouvoir trouver auprès des autorités publiques une protection suffisante, les caractéristiques justifiant son inscription sur la liste des pays d’origine sûrs ». Un an plus tard, le 9 octobre 2015, le conseil d’administration de l’OFPRA décidait de placer à nouveau le Kosovo sur la liste des « pays d’origine sûrs ». Pourtant, il semble que la situation n’a guère évolué pour les populations auxquelles il est fait référence dans la décision du Conseil d’État.

 

La situation des femmes et des jeunes filles au Kosovo est particulièrement dramatique. La société hautement patriarcale place les femmes non seulement face à de nombreuses discriminations, notamment dans le domaine de l’emploi, mais également face à la violence. Les violences domestiques sont répandues, et largement acceptées socialement. Les femmes elles-mêmes, éduquées dans une société où leur parole n’a que peu d’importance, justifient les violences dont elles sont victimes : lors d’une étude récente dirigée par l’Agence de statistiques du Kosovo et l’UNICEF, 42% des femmes considéraient en effet que la violence à leur encontre pouvait être justifiée dans certains cas. Par craintes de représailles et parce qu’elles savent que leurs procédures judiciaires n’ont que peu de chances d’aboutir, les femmes victimes de violences, notamment domestiques, ne portent que très rarement plainte. Juges et policiers ne semblent toujours pas prendre en compte ce phénomène inquiétant.

 

Les minorités ethniques sont également dans une situation délicate. Outre les Roms, les Ashkali et les Goranis font toujours l’objet de graves discriminations dans l’accès à l’emploi, à un logement, à la santé et à l’éducation. Les Serbes, minorité du Nord du pays, ont encore été victimes de violences cette année. Des attaques armées contre des véhicules ont été répertoriées, ainsi que des dégradations de bâtiments de la communauté, dont une Église orthodoxe. De nombreux Serbes ont également été victimes de vols et de menaces.

 

La communauté LGBT (lesbien-gay-bi-trans) est également exposée aux violences et menaces. Par crainte des réactions d’une société conservatrice, ces personnes vivent généralement dans l’ombre. De nombreuses menaces de mort sont répertoriées par des associations de soutien de cette communauté. Selon plusieurs associations, les services de police ignorent bien souvent les plaintes et n’assurent pas la protection des personnes.

 

Enfin, la corruption et la criminalité organisée participent à un climat où l’impunité est de mise, et où les personnes en quête de protection trouvent bien souvent porte close. Le système judiciaire et les forces de police sont très souvent accusés de corruption mais également de collusion avec le crime organisé, par les associations ou autres organismes qui enquêtent sur la situation des droits de l’homme. Les journalistes font fréquemment l’objet de pressions lorsqu’il s’agit d’enquêter sur des affaires liées à la corruption et une large part d’autocensure règne dans la profession. Dans une résolution du 11 mars 2015, le Parlement européen se disait lui-même « préoccupé par l’absence de tout progrès notable dans la lutte contre la grande corruption et la criminalité organisée ce qui représente un obstacle important au développement démocratique, social et économique du Kosovo ».

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°11 - octobre 2015