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Les Rohingyas, minorité la plus persécutée au monde selon les Nations unies

Persécutés en Birmanie où ils vivent et ne trouvant pas davantage de reconnaissance au Bangladesh voisin, la minorité musulmane des Rohingyas s’exile par la mer depuis plusieurs années pour rejoindre la Thaïlande, la Malaisie, ou l’Indonésie. Leur situation a été mise en lumière en mai 2015 lorsque des milliers d’entre eux se sont retrouvés à la dérive, refoulés par les autorités de tous les pays, et abandonnés à leur sort par les passeurs.

Les Rohingyas vivent majoritairement dans l’Etat d’Arakhan, en Birmanie. Minorité musulmane dans un pays bouddhiste, ils sont apatrides depuis 1982 et la promulgation d’une loi sur la reconnaissance des minorités et le droit à la citoyenneté. La société birmane considère en effet qu’ils sont des migrants illégaux venus du Bangladesh voisin, ce que les Rohingyas démentent : ils seraient notamment arrivés nombreux lors de la colonisation britannique à la fin du XIXème siècle, et auraient participé à l’administration coloniale. Cette discorde est telle que les Birmans ont pris pour habitude de ne même pas prononcer le mot de « Rohingyas », affirmant que ce terme a été inventé par ces « migrants illégaux » à la recherche d’une légitimité. Ainsi, si la Birmanie reconnait sur son territoire 130 ethnies différentes, les Rohingyas n’en font pas partie.

 

Les discriminations subies par cette ethnie durent depuis plusieurs décennies, mais c’est un véritable apartheid qui a été mis en place ces dernières années. En 2012, un fait divers impliquant un Rohingya et une Birmane a déclenché de véritables pogroms pendant plusieurs mois. Des villages ont été rasés, et leurs habitants massacrés. Depuis, les Rohingyas sont massés dans des camps de fortune, à proximité de la ville de Sittwe, capitale de l’État de Arakhan. Vivant dans une pauvreté extrême et sans aucun soutien des autorités, de plus en plus préfèrent l’exil à la misère et aux discriminations. D’après les Nations unies, les Rohingyas seraient la minorité la plus persécutée au monde. Ils étaient 800 000 dans cet État avant les violences de 2012. Des dizaines de milliers d’autres avaient déjà fui la répression de la junte birmane en 1979 et au début des années 1990 vers le Bangladesh : des dizaines de milliers de Rohingyas y vivent toujours dans des camps de réfugiés, sans être davantage reconnus ou soutenus par les autorités du pays.  Depuis de nombreuses années, ces populations cherchent donc refuge dans les pays voisins, organisant leur exil par le biais de passeurs. Entre janvier et mars 2015, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés a estimé que 25 000 d’entre eux ont pris la mer pour rejoindre la Thaïlande, la Malaisie, ou l’Indonésie.

 

Après la crise et l’abandon en mer, des solutions provisoires qui masquent l’absence de réponse durable

 

En mai 2015, la Thaïlande lançait une vaste opération de lutte contre les filières d’immigration clandestine. Cette opération déstabilisa les filières et les passeurs : de nombreux bateaux, refoulés par la Thaïlande, puis par la Malaisie, se sont ainsi retrouvés abandonnés par les passeurs en mer, laissant leurs occupants sans ressources. C’est l’intervention de la communauté internationale qui a permis de médiatiser le sort de ces milliers d’hommes et de femmes. L’opération thaïlandaise a également permis de découvrir de véritables camps de détention dans la jungle, ainsi que des fosses communes. Des responsables des forces de sécurité ont été accusés de complaisance avec les trafiquants.

 

Aujourd’hui, seules des solutions provisoires ont été proposées. La Malaisie et l’Indonésie se sont en effet engagées, sous la pression, à accueillir temporairement 7000 personnes sans préciser pour combien de temps, et sans rien prévoir sur le long terme. Ces deux pays, non signataires des conventions internationales sur la protection des réfugiés, n’ont aucune obligation sur le plan du droit international. Seulement, les départs risquent de continuer : les autorités birmanes ne sont toujours pas prêtes à reconnaître la situation difficile dans laquelle se trouvent les Rohingyas. Le Bangladesh, de son côté, applique toujours une politique d’exclusion : au plus fort de la crise des migrants abandonnés en mer, les autorités annonçaient que 32 000 d’entre eux, vivant dans des camps de réfugiés sur la côte du pays, allaient être « déplacés » sur une île du Sud du pays, car accusés de brider le tourisme sur la côte.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°8 - juin 2015