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Migrants, demandeurs d’asile et réfugiés : populations les plus vulnérables de Libye

Depuis de nombreuses années, la Libye est un pays de destination des travailleurs migrants en provenance d’Afrique subsaharienne, mais également un pays de transit pour les demandeurs d’asile et réfugiés désireux de trouver une protection en Europe. Leurs droits y sont pourtant régulièrement bafoués.

La Libye n’est pas signataire de la Convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié, et ne prévoit aucune procédure permettant d’accorder une protection à des personnes fuyant les persécutions dans leur pays d’origine. Le cadre légal libyen permet au contraire d’arrêter et de détenir pour une durée allant d’une semaine à douze mois tout étranger pour absence de titre de séjour. En octobre 2015, 3 000 personnes étaient ainsi détenues dans les 11 centres de détention gérés par le Département de lutte contre l’immigration illégale selon l e Haut-commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme . Aux conditions de détention déplorables – manque d’hygiène, d’accès aux soins ou à la nourriture – s’ajoutent torture, mauvais traitements, humiliations et travail forcé. Certains centres n’auraient pas accès à l’eau potable. Les décès à la naissance d’enfants nés en détention sont ainsi fréquents : les femmes et les enfants n’échappent pas à la détention. Bien que le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés ( HCR ) « travaille à assouplir les conditions désastreuses dans les centres de détention », la situation demeure préoccupante.

 

Selon les Nations unies, les étrangers, majoritairement originaires de la Corne de l’Afrique, mais aussi de Syrie ou d’Irak,  représentent la population la plus vulnérable en Libye. Une partie d’entre eux pourraient pourtant prétendre à une protection internationale.

Une population aux mains des réseaux de passeurs

 

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la situation des étrangers s’est empirée. Le racisme déjà prégnant dans la société s’est intensifié, et les violences à l’encontre des étrangers et en particulier des Noirs se sont multipliées. De nombreux travailleurs migrants installés depuis plusieurs années en Libye ont ainsi rejoint le lot des personnes en quête de protection en Europe, dont le chemin passe par la Libye. L’instabilité politique et sécuritaire qui règne dans le pays depuis 2011 a entraîné un accroissement du nombre de départs et un développement important des réseaux de passeurs. En toute impunité, ils organisent des départs vers l’Italie par la mer, non sans avoir largement abusé de leurs « clients ».  

 

En effet, des « connection houses » ont vu le jour. Des passeurs, souvent en lien avec des groupes armés, gèrent ces lieux où les personnes candidates au départ vers l’Europe doivent patienter. Ce qui s’apparente à des camps de détention est le théâtre de conditions tout aussi déplorables que dans les camps gérés par les autorités : mauvais traitements voire actes de torture, manque de nourriture, insultes, coups, agressions sexuelles, racket, etc. Dans un pays où règne le chaos, l’impunité est la règle : le système judiciaire comme les forces de sécurité sont incapables de faire respecter les droits de ces personnes.

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°15 - février 2016