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Nigeria : le nouveau gouvernement attendu dans la lutte contre Boko Haram

Pour la première fois de son histoire, le Nigéria a connu une alternance démocratique suite au scrutin présidentiel de mars 2015. Le Parti démocratique populaire (PDP) au pouvoir depuis 1999, laisse ainsi sa place à l’ACP (Congrès des progressistes), principal parti d’opposition né de la fusion des quatre plus grands partis de l’opposition. Le nouveau président Muhammadu Buhari n’est pas étranger à la fonction de chef d’État, lui qui a dirigé le pays durant 20 mois de 1983 à 1985 à la faveur d’un coup d’État. Présenté comme autoritaire et sanguinaire durant son règne, il se dit aujourd’hui « converti » à la démocratie. C’est donc en respectant l’État de droit qu’il se dit prêt à s’atteler au défi majeur du Nigéria, la lutte contre la secte Boko Haram.

La lutte contre Boko Haram…

 

L’enlèvement très médiatisé de plus de 200 lycéennes par la secte islamiste Boko Haram l’année dernière est l’arbre qui cache la forêt : selon Amnesty International , plus de 2 000 jeunes filles avaient été enlevées entre janvier et septembre de l’année 2014. La création de Boko Haram remonte aux débuts des années 2000 et 2009 marque un tournant pour la secte : après une forte répression et les exécutions extrajudiciaires d’au moins 800 de ses membres dont leur leader, celle-ci réplique en multipliant les attaques de plus en plus meurtrières. Selon le Haut Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies plus d'un million de personnes ont été déplacées  au Nigéria en raison du conflit et près de 170 000 se sont réfugiées dans les pays voisins. Au moins 15 000 personnes ont été tuées par Boko Haram depuis 2009 et les exactions contre les civils (enlèvements, recrutements forcés, violences sexuelles, pillages…) se multiplient. Boko Haram dirige également aujourd’hui ses attaques vers le Cameroun et le Tchad, donnant une dimension régionale au groupe. Un rapport de l’UNICEF publié le 13 avril 2015 indiquait que « le nombre d'enfants qui fuient les violences à l'intérieur du Nigéria, ou qui traversent les frontières pour se réfugier au Tchad, Niger et Cameroun, a plus que doublé en à peine un an ». Au total, 800 000 enfants ont ainsi été obligés de fuir leur foyer en raison du conflit dans le nord du Nigéria entre Boko Haram, les forces militaires et les groupes d'autodéfense civile.

 

…ne peut se faire aux dépens du respect des droits de l’Homme

 

La stabilité du Nigéria, mais également de la région, passera donc par la dissolution de ce groupe et l’arrestation de ses membres. Le nouveau président nigérian a ainsi déclaré faire de la lutte contre Boko Haram sa priorité. Mais le gouvernement ne doit pas oublier que son essor n’a pu se faire sans un contexte économique et social particulièrement désastreux, que les dirigeants ont laissé s’enliser. Surtout, cette lutte ne doit pas être un prétexte pour laisser les forces de sécurité agir en toute impunité au détriment des droits humains.

 

Alors que des ONG font état d’actes de tortures et de mauvais traitements infligés aux suspects dans le cadre de la lutte anti-terroriste, les Nations unies ont pris en compte cet aspect dans leurs déclarations récentes. Le 1er avril 2015, le Conseil des droits de l’Homme a ouvert une session extraordinaire sur les attaques terroristes et les violations commises par Boko Haram, rappelant au gouvernement nouvellement élu que « les stratégies qui ne tiennent pas pleinement compte des droits de l'homme n'ont d'autre effet que d'alimenter les griefs des mouvements extrémistes et compromettent le but même qu'elles visent » et a plaidé pour des opérations militaires contre le terrorisme proportionnées, limitées à la cible visée et respectueuses des droits de l'homme.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°6 - avril 2015