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Persécution des Rohingyas en Birmanie : un niveau de violence sans précédent

Les Rohingyas sont une minorité musulmane de Birmanie. Majoritairement résidents dans la région de l’Arakan (ou Rakhine) à la frontière avec le Bangladesh, ils ne sont pas considérés comme des Birmans. Apatrides depuis 1982, les Rohingyas subissent des politiques discriminatoires par le gouvernement ainsi que des persécutions régulières par les forces de l’ordre et des membres de l’ethnie Rakhine.

L’arrivée au pouvoir en avril 2016 d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991, laissait présager une démocratisation du régime et donc une meilleure reconnaissance des minorités. Ainsi, le 30 mai 2016, le gouvernement créait le Comité central pour la paix, la stabilité et le développement dans l’État de Rakhine. Mais l’armée conservant un poids considérable au sein du gouvernement à majorité Bamar, le gouvernement birman ne reconnaissait toujours pas l’existence d’exactions commises à l’encontre de la communauté rohingya.

 

Le 9 octobre 2016, la situation s’est encore aggravée, avec l’attaque par des assaillants armés de postes de garde-frontières dans l’Etat de l’Arakan, tuant neuf officiers de police selon le gouvernement birman. Cette attaque ayant été attribuée à des extrémistes de la minorité rohingya, les forces de l’ordre ont répondu par une répression sans précédent à l’égard de cette ethnie, provoquant le déplacement de dizaines de milliers d’entre eux.

 

A la suite de la publication d’un rapport d’Amnesty international mi-décembre 2016 alarmant sur l’atrocité des violences subies par les Rohingyas depuis le 9 octobre 2016 et dénonçant « un futur crime contre l’humanité », le gouvernement birman s’est trouvé contraint d’enquêter sur les agissements de l’armée. L’enquête gouvernementale n’a cependant pas fait état de persécutions contre cette minorité musulmane.

 

Un rapport du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) publié le 3 février 2017 est pourtant venu confirmer les constats d’Amnesty international. Du 8 au 23 janvier 2017 une équipe d’experts du HCDH a été dépêchée à la frontière entre le Bangladesh et la Birmanie (l’Etat de l’Arakan étant interdit d’accès aux observateurs internationaux). Le HCDH a interrogé plus de 220 personnes fuyant l’Arakan : près de la moitié d’entre elles a signalé qu’un membre de leur famille avait été assassiné et que d’autres étaient portés disparus. Sur les 101 femmes interrogées, plus de la moitié ont déclaré avoir été victimes de violences sexuelles. Les Nations unies évoquent ainsi un niveau de violence sans précédent.

 

Depuis le 9 octobre 2016, 66 000 réfugiés rohingyas ont fui l’Etat de l’Arakan pour rejoindre le Bangladesh. Le HCDH estime qu’au total 90 000 Rohingyas ont été contraints à l’exil vers le Bangladesh mais aussi la Thaïlande et la Malaisie, auxquels s’ajoutent 22 000 déplacés internes. Au Bangladesh, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) aidait déjà 33 000 réfugiés rohingyas avant le récent afflux dans deux camps officiels. Des centaines de milliers de Rohingyas sans papiers vivraient par ailleurs dans des sites de fortune et des villages d’accueil. Désireux d’établir une station balnéaire dans la zone frontalière où se trouvent les réfugiés, le Bangladesh avait suggéré le déplacement de 32 000 Rohingyas sur une île marécageuse du Sud du pays en 2015 ( voir notre article de le newsletter de juin 2015 ). Ce plan avait été suspendu après de fortes réactions de la communauté internationale, mais l’arrivée massive de Rohingyas dans le pays ces derniers mois fait craindre de nouvelles mesures restrictives à l’encontre de ces réfugiés de la part des autorités du Bangladesh. 

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°26 - février 2017