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Réfugiés érythréens : fuir à tout prix

Une récente communication du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) fait état de la hausse spectaculaire des demandes d’asile érythréennes, déjà très élevées depuis plusieurs années. Ce sont ainsi 37 000 Érythréens qui ont déposé une demande d’asile en Europe durant les 10 premiers mois de 2014, trois fois plus que durant la même période en 2013.

Pour le seul mois d’octobre, l’Éthiopie a enregistré 5000 entrées sur son territoire depuis l’Érythrée. Il y a actuellement 101 000 réfugiés érythréens en Éthiopie et 125 000 au Soudan. Le HCR précise que parmi les migrants tentant de franchir la Méditerranée pour parvenir en Italie sur des embarcations de fortune, 22% sont des Érythréens. Ces derniers ont ainsi fait l’objet d’un traitement médiatique important dans la presse européenne. Cependant, les causes de départ de ces milliers de personnes, souvent jeunes, et qui, pour l’année 2014, sont proportionnellement plus nombreux par rapport à la population du pays que les Syriens fuyant la guerre, sont rarement abordées.

 

Isaias Afewerki, est le président de l’Erythrée depuis son indépendance officiellement proclamée en 1993, après plusieurs décennies de lutte contre l’Éthiopie. En 1997, un conflit armé opposant l’Érythrée et l’Éthiopie éclata. Le 18 juin 2000 un accord de paix arrêtant les frontières des deux pays fut signé.  En 2001, quinze anciens membres du Parti qui accusaient le président d’actes illégaux et anticonstitutionnels, et appelaient à amorcer la transition démocratique furent arrêtés et emprisonnés, tandis que les huit journaux indépendants du pays reçurent l’ordre de suspendre leur publication.

 

Depuis ces événements, aucune voix dissidente n’est tolérée. Outre cette interdiction, tout déplacement est surveillé et nécessite une autorisation. Pour maintenir la main mise sur la population, les jeunes hommes suivent dès 17 ans un entraînement militaire obligatoire. La justice militaire est particulièrement intransigeante dans ses jugements et ses peines pour ceux qui tenteraient de déserter. Tortures et mauvais traitements sont le quotidien pour des milliers d’Érythréens détenus dans les camps présents dans tout le pays. Des rapports des Nations unies et de diverses organisations non gouvernementales font une description accablante des conditions de vie dans ces camps.

 

L’exil est ainsi la seule échappatoire pour toute une génération, malgré les dangers. La hausse du nombre de demandeurs d’asile originaires de ce pays, dont la situation dramatique n’est pas récente, est probablement due à plusieurs facteurs parmi lesquels l’épuisement de la population et une absence de confiance entre le régime et l’armée, ainsi que le chaos en Lybie, qui faciliteraient les départs. Le développement du trafic de migrants pourrait également pousser les Erythréens à poursuivre leur quête de protection jusqu’à l’Europe. Aux abords des camps de réfugiés au Soudan, et sur la route de l’Europe, près de 50 000 érythréens ont été enlevés et torturés depuis 2009, dans le désert du Sinaï. 10 000 y seraient morts. Ce trafic s’organise depuis des années avec la complicité des forces de sécurité soudanaises et égyptiennes, mais aussi l’implication de certains hauts responsables érythréens. Il est demandé aux familles des victimes jusqu’à 40 000 dollars afin de faire cesser les tortures entendues au bout du fil. Outre ce phénomène que tous les Erythréens connaissent et craignent depuis des années, de nombreuses familles érythréennes ont également été touchées par des disparitions de leur proche en Méditerranée. Malgré cela, ils sont toujours aussi nombreux à fuir leur pays, et de plus en plus à demander une protection internationale.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°2 - décembre 2014