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Réfugiés syriens : les limites de l’accueil dans les pays frontaliers

En mars 2011 éclatait la guerre civile en Syrie. Pourtant, l’arrivée en Europe de réfugiés fuyant le conflit a pris une dimension nouvelle depuis cet été, soit quatre ans après. La dégradation de la situation dans les pays limitrophes, qui accueillent la quasi-totalité des réfugiés, constitue un élément d’explication.

En juillet 2015, le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) annonçait que le nombre de Syriens ayant fui la guerre vers les pays limitrophes dépassait 4 millions. À cela s’ajoutent 7,6 millions de Syriens déplacés à l’intérieur du pays. Le HCR prévoit par ailleurs que le chiffre de 4,27 millions de réfugiés hors du pays sera atteint d’ici la fin de l’année. 1,17 million au Liban, 1,8 million en Turquie, 629 000 en Jordanie, ces chiffres de juillet 2015 ne sont que des estimations basses : en effet, seules les personnes qui sont enregistrées auprès du HCR sont comptabilisées. La capacité d’accueil de ces pays a atteint ses limites, et les conditions de vie se dégradent de jour en jour.

 

Le Liban comptait avant la crise syrienne environ 4 millions d’habitants. C’est le pays qui accueille le plus de réfugiés dans le monde proportionnellement à sa population. Cela engendre des tensions croissantes sur le marché de l’emploi et sur le logement. La majorité des Syriens occupent en effet le parc privé, des entrepôts vides mis à disposition par les autorités, ou des campements informels. Les camps de réfugiés sont saturés, ce qui engendre de nombreuses tensions, et le gouvernement a choisi de ne pas construire de camps supplémentaires. Selon le HCR, 70% des réfugiés syriens au Liban vivent avec moins de trois euros par jour, alors que ce taux était de 50% en début d’année. Beaucoup décident ainsi de quitter le Liban pour la Turquie, dernier pays qui les accepte sans visa. Durant le seul mois de juin, 25 000 personnes ont rejoint la Turquie depuis le Liban.

 

Cependant, la situation en Turquie, devenue le premier pays d’accueil des réfugiés dans le monde, se dégrade également. Sur près de 2 millions de Syriens, seuls 260 000 sont hébergés dans les 25 camps ouverts par les autorités. Par ailleurs, l’obtention d’un statut temporaire pour résider légalement est complexe et ne permet pas la délivrance automatique d’un permis de travail. De nombreux réfugiés se trouvent ainsi dans une situation juridique précaire. En Jordanie, 86% des réfugiés syriens vivent sous le seuil de pauvreté. Seuls 20% d’entre eux vivent dans des camps de réfugiés, mais l’environnement de protection est jugé « globalement favorable » par le HCR.

 

Outre les capacités d’accueil des pays limitrophes qui arrivent à saturation, c’est également l’aide humanitaire qui a du mal à suivre. Toute crise humanitaire qui perdure entraîne une lassitude de la part des donateurs. En 2014, l’organisation des Nations unies a lancé une campagne d’appel aux dons, espérant recueillir 4,5 milliards d’euros. Seul 1,6 milliard a été récolté, trop peu pour subvenir aux besoins des millions de réfugiés dans les camps des pays limitrophes ou aux déplacés à l’intérieur de la Syrie, et pour soutenir les pays hôtes.

 

Parallèlement, le développement du conflit rend inenvisageable un retour au pays -encore espéré jusqu’ici- à court ou moyen terme, Face à cette impasse, malgré les difficultés d’accès par des voies légales et les risques liés à la traversée de la Méditerranée, les réfugiés syriens sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à se tourner vers l’Europe dans l’espoir d’y reconstruire une vie stable, loin du chaos. Le nombre de ceux qui franchissent le pas reste cependant faible au regard du nombre de total de personnes qui ont du fuir en raison du conflit. 

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°10 - septembre 2015