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Regain de violences en République centrafricaine dans un contexte électoral

Les Centrafricains viennent d’approuver à 90% le projet de réforme constitutionnelle destinée à reconstruire et stabiliser le pays, en plein chaos depuis 2013 et la chute du président François Bozizé. Pourtant, les perspectives sont ternes : le scrutin a été émaillé de violents incidents à Bangui, et seulement 30% des électeurs se sont déplacés alors que ce scrutin constituait un test pour les élections législatives et présidentielles du 27 décembre 2015.

 

Newsletter Forum réfugiés-CosiUne spirale de violence entamée en 2013

En mars 2013, le président François Bozizé, en poste depuis 2003, est chassé du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat fomenté par une coalition de partis politiques d’opposition, la Séléka. Cette dernière est appuyée par des miliciens qui vont rapidement se rendre coupables d’exactions, semant la terreur parmi la population. Visant dans un premier temps les opposants, les violences vont prendre une tournure communautaire : majoritairement musulmans, les Séléka s’en prennent aux chrétiens. Des centaines de personnes sont tuées y compris des enfants, et des villages entiers sont détruits. En réponse, des groupes d’auto-défense se forment, les anti-Balaka. La spirale de violences prend alors un virage dramatique : nourris par un sentiment anti-musulman et en représailles des violences commises par les Séléka, les anti-Balaka s’en prennent aux civils musulmans.

 

En quelques mois, les violences font fuir des dizaines de milliers de personnes. Alors que près d’un million de personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays début 2014, le secrétariat général des Nations unies a indiqué qu’elles étaient toujours 450 000 en octobre 2015. Parmi elles, 58 000 vivent dans les 32 centres d’accueil de Bangui. A Bangui, les civils musulmans sont aujourd’hui regroupés dans le quartier PK5. D’après l’organisation Human Rights Watch , il n’y a plus que 15 000 musulmans dans la ville alors qu’ils étaient 122 000 avant la crise.

 

Une situation humanitaire et sécuritaire toujours préoccupante

La capitale Bangui a été le théâtre de plusieurs jours de violences en septembre 2015 : 77 personnes ont été tuées et plus de 400 ont été blessées dans une macabre série de représailles après l’assassinat d’un jeune musulman le 26 septembre. Le jour du référendum du 13 décembre, des groupes hostiles à la réforme constitutionnelle ont attaqué un bureau de vote faisant deux morts. Les dirigeants des ex-Séléka (la coalition a été officiellement dissoute en septembre 2013) et des anti-Balaka sont en effet exclus du dialogue politique. Ils continuent ainsi d’instrumentaliser les craintes de chacun.

 

Dans le reste du pays et notamment au Nord-ouest, la situation est également tendue : des miliciens de l’ex-Séléka se sont formés en plusieurs factions, le Front populaire pour la renaissance en Afrique (FPRC) et l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC). Ils ont également perturbé le scrutin dans ces régions. La situation d’insécurité a par ailleurs favorisé un regain d’activité du groupe LRA (Armée de résistance du Seigneur) coupable de nombreuses atrocités envers les civils, dont le recrutement d’enfants soldats, et de groupes criminels.

 

Les auteurs de violences jouissent d’une large impunité en raison de la faiblesse de l’Etat de droit. Pour la seule période du 30 juillet au 15 novembre 2015, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies (MINUSCA) a recensé 710 nouveaux cas de violations des droits humains sur tout le territoire, touchant 1 178 victimes. Les violations les plus fréquentes enregistrées sont les exécutions extrajudiciaires et les traitements cruels et inhumains.

 

Ce contexte provoque des déplacements forcés de plusieurs milliers de personnes. D’après les dernières statistiques du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au 30 juin 2015, plus de 470 568 Centrafricains ont quitté le pays en quête d’une protection.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°13 - décembre 2015