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Relations UE-Turquie : réduire l’afflux de réfugiés syriens, un objectif commun

Depuis le 8 janvier 2016, la Turquie a introduit une obligation de visa pour les réfugiés syriens souhaitant rejoindre son territoire depuis un pays tiers. Cette mesure s’inscrit directement dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord signé entre l’Union européenne et la Turquie en octobre dernier qui vise notamment à réduire l’afflux de réfugiés vers l’Europe et, en amont, vers la Turquie.

A l’occasion de son premier discours de l’année devant les députés européens, le Commissaire à la migration et aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, déclarait qu’on ne « peut se montrer satisfait de la vitesse à laquelle le plan d’action conjoint [entre la Turquie et l’UE] est mis en œuvre pour l’instant ». Ce plan a été activé le 29 novembre 2015 après avoir été approuvé en octobre. Il vise à intensifier la coopération pour venir en aide aux Syriens bénéficiant d'une protection temporaire en Turquie et pour gérer le phénomène migratoire exceptionnel, largement dû à la situation en Syrie.

 

Ainsi, l’une des mesures de ce plan d’action est de « prévenir de nouvelles arrivées de migrants en situation irrégulière en Turquie ainsi que des départs irréguliers de réfugiés et de migrants de la Turquie vers l’UE ». Pour cela, les deux leviers envisagés sont le durcissement des contrôles frontaliers vers et depuis la Turquie et la réduction des facteurs poussant les migrants et les réfugiés, en premier lieu syriens, à vouloir rejoindre l’Europe. Les premières mesures adoptées par la Turquie étaient très attendues mais si les institutions européennes saluent un « pas en avant », elles n’ont pas produits de résultats immédiats : plus de 30 300 migrants et réfugiés sont entrés dans l’UE depuis la Turquie durant la première quinzaine de janvier 2016, selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

 

La majorité des personnes arrivant en Turquie sont des réfugiés syriens quittant le Liban ou la Jordanie, où la situation s’empire depuis maintenant plusieurs mois face aux faibles opportunités d’intégration d’un côté, et à la diminution de l’aide humanitaire de l’autre.  En imposant depuis le 8 janvier 2016 une obligation de visa pour les Syriens venant de pays tiers, la Turquie, et l’UE espèrent voir leur nombre diminuer. Compte tenu des violentes attaques qui perdurent dans le pays,  il est peu probable que le nombre de réfugiés syriens diminue. Les réfugiés fuyant leur pays à pied et se présentant à la frontière turco-syrienne ne sont pas soumis à cette obligation de visa et peuvent en théorie entrer en Turquie.

 

Outre cette mesure restrictive en matière d’accès au territoire, la Turquie, où se trouvent actuellement environ 2,5 millions de Syriens, a publié mi-janvier une nouvelle règlementation relative à l’accès au marché de l’emploi pour les réfugiés syriens enregistrés dans le pays depuis au moins six mois. Ils devront être payés au moins le salaire minimum. L’accès à l’éducation et à la santé pour les réfugiés devraient également être facilité.

 

En échange d’un plus grand contrôle de ses frontières et de mesures d’intégration pour les réfugiés syriens, l’UE s’était engagée à apporter à la Turquie un soutien financier de 3 milliards d’euros. Cependant, les 28 Etats membres ne sont pas parvenus à trouver un accord sur l’origine de ce financement (budgets nationaux ou du budget de l’UE). A ce jour, aucun accord n’a été signé et la Turquie n’a pas reçu le financement annoncé. En plus de ce point de désaccord, les Etats membres n’ont pour l’instant pas trouvé de terrain d’entente sur la proposition de la Commission européenne, négociée avec le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, de mettre en place un schéma d’admissions humanitaires depuis la Turquie qui permettrait d’accueillir et de répartir dans l’UE un certain nombre de réfugiés.

 

Newsletter de Forum réfugiés-Cosi n°14 - janvier 2016