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République démocratique du Congo : début d’année sous tension

La République démocratique du Congo (RDC) est agitée depuis plusieurs mois par l’échéance électorale de la fin de l’année 2016. L’opposition craint que Joseph Kabila se maintienne au pouvoir bien qu’il arrive au terme des deux mandats autorisés par la Constitution, tandis que le gouvernement semble de plus en plus répressif.

Des élections présidentielles en novembre 2016 ?

 

Depuis plusieurs mois, les partis politiques d’opposition et une large partie de la société civile craignent que le gouvernement en place permette au chef de l’État actuel de se présenter pour les prochaines élections présidentielles, prévues en novembre 2016. En janvier 2015, celui-ci avait proposé une modification de la loi électorale au Parlement qui ouvrait la voie à une modification constitutionnelle. Ce dernier a cependant rejeté le texte face à la mobilisation massive de l’opposition dans les rues du pays. Après la crainte d’un coup d’État constitutionnel, l’opposition redoute aujourd’hui que les élections n’aient tout simplement pas lieu. Le 18 mars dernier, la Commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée de planifier et d’organiser les élections à venir, a annoncé que des « contraintes techniques » ne permettaient pas « d’organiser des élections » dans les délais prévus.

 

Le 16 février 2016, le Front citoyen 2016, une plate-forme de l’opposition, a appelé à une « journée ville-morte » pour le respect de la Constitution et de ses délais. Le Gouvernement avait annoncé qu’un contrôle serait fait dans les administrations afin de « constater tout retard ou absence ».

 

L’organisation des élections présidentielles dans le respect de la Constitution et de ses délais est au cœur de la vie politique congolaise. Des députés de la majorité présidentielle ont quitté leur formation en 2015 afin de protester contre l’attitude de Joseph Kabila et ont créé leur propre plate-forme d’opposition. Face à la mobilisation pressante de l’opposition et de la société civile, les autorités répondent de plus en plus par la répression.

 

Multiplication des cas d’atteintes aux droits humains et détérioration du climat politique

 

Depuis plus d’un an, de nombreux militants de la Lucha (Lutte pour le changement) ont été arrêtés et détenus arbitrairement. Six d’entre eux ont été condamnés à six mois de prison ferme le 4 mars à Goma. Ils avaient été arrêtés suite à la « journée ville morte ». Deux autres sont entrés en grève de la faim le 16 mars depuis la prison de Makala à Kinshasa après plus d’un an passé en détention.

 

Les atteintes à la liberté de se rassembler et de manifester sont par ailleurs récurrentes : selon la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) , sept manifestations de l’opposition ont été soient interdites soient réprimées pour le seul mois d’octobre 2015, tandis que pendant le même temps, 11 rassemblements étaient organisés en faveur du gouvernement.

 

Plusieurs autres militants politiques ou associatifs font toujours l’objet de poursuites abusives, à l’image de Christopher Ngoyi, président de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC) et coordinateur de la plate-forme d’opposition « Sauvons le Congo », en détention depuis janvier 2015 suite aux manifestations contre la modification de la loi électorale et dont les proches s’inquiètent de l’état de santé. D’une manière générale, la situation se tend en RDC. Lors de la « journée ville morte » du 16 février, le signal de Radio France International (RFI) a été coupé : la radio a été accusée de « mettre de l’huile sur le feu » par le porte-parole du gouvernement Lambert Mende. Selon le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’Homme (BCNUDH), 12 personnes ont été arrêtées lors de cette journée. Les autorités ont pourtant nié ces arrestations.

 

Le passé récent (plus de 30 morts lors de l’annonce des résultats du dernier scrutin présidentiel en 2011) de la RDC fait craindre qu’une étincelle ne fasse dégénérer la situation.