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République démocratique du Congo : des élections libres avant la fin de l’année ?

Le 19 décembre 2016 marquait la fin du second mandat présidentiel de Joseph Kabila. Suite à l’accord signé le 18 octobre 2016 entre une partie de l’opposition et la majorité présidentielle, sous l’égide de l’Union Africaine, les élections présidentielles avaient été reportées à 2018. Un accord vivement contesté par la majeure partie de l’opposition. Les 19 et 20 décembre derniers, des violences ont éclaté entre militants et forces de l’ordre, faisant au moins 31 morts d’après le Gouvernement. Afin d’éviter de plus amples affrontements, l’Eglise catholique a encouragé les discussions entre les différents partis de l’opposition et la majorité présidentielle. C’est dans le cadre de la conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qu’un nouvel accord a ainsi vu le jour le 31 décembre 2016.

Cet accord insiste sur l’importance d’organiser des élections crédibles avant la fin de l’année. Il prévoit un gouvernement de transition dirigé par l’opposition et maintient Joseph Kabila à la présidence de la RDC jusqu’aux prochaines élections, qui doivent avoir lieu fin 2017 et non plus 2018 comme le prévoyait l’accord d’octobre 2016. Ce nouvel accord a permis de recueillir la signature des deux principaux partis de l’opposition : le Rassemblement de l’opposition mené par Félix Tshisekedi (fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi) dès le 31 décembre, et le Front pour le respect de la Constitution représenté par Eve Bazaiba, secrétaire générale du MLC, le 14 janvier.

 

Les différents acteurs de la scène internationale se sont félicités de ces négociations, mais l’accord reste aujourd’hui fragile et son avenir incertain. Les Nations unies appelaient le 5 janvier 2017 à l’application rapide de cet accord. Pourtant le 17 janvier, la mesure qui prévoyait le rétablissement des droits d’une quinzaine de médias dans les quinze jours qui suivaient la signature de l’accord n’était pas encore entrée en vigueur. Le calendrier de l’application de l’accord, la composition du gouvernement national et des gouvernements provinciaux restent également des points de discorde.

 

Le samedi 28 janvier devait sceller « l’arrangement particulier », censé réconcilier les différentes parties de l’opposition et la majorité sur ces points de discorde, mais les négociations n’ont pas abouti. La nomination du Premier ministre divise l’opposition et la majorité. Pour la majorité, il faudrait présenter cinq candidats, parmi lesquels le président de la République désignerait le chef du gouvernement, alors que l’opposition souhaite en rester à l’accord du 31 décembre qui prévoyait la nomination d’un premier ministre appartenant au Rassemblement de l’opposition. Le rôle de médiateur de la Cenco après la mise en place effective de l’accord du 31 décembre est également remis en cause par le gouvernement de Joseph Kabila. Enfin, les mesures de décrispation qui prévoyaient la libération de plusieurs prisonniers politiques n’ont pas encore été appliquées dans leur intégralité.

 

Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme en RDC enregistre pour l’année 2016 une augmentation de 30% des violations des droits de l’homme par rapport à l’année 2015. Cette augmentation s’explique notamment par la restriction de l’espace démocratique dans le contexte des élections présidentielles. Sur les 5 190 violations répertoriées, près de 64% sont attribuables aux agents de l’Etat.

 

Les retards dans l’application de l’accord et la baisse du budget de l’Etat pour l’année 2017, alors que des coûts importants sont à prévoir pour l’organisation des élections, inquiètent la population congolaise ainsi que la Cenco qui a demandé aux différentes parties de se concerter pour trouver rapidement un compromis. Le calendrier de la transition doit se dessiner rapidement si la République Démocratique du Congo souhaite parvenir à mettre en place des élections libres avant la fin de l’année.

 

Newsletter Forum réfugiés-Cosi n°25-janvier 2017