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République Démocratique du Congo : les violences politiques avant les élections

Le 23 décembre 2018, la République Démocratique du Congo devrait élire le successeur de Joseph Kabila. Le climat de la campagne qui s'ouvre fin novembre est désastreux. La société civile souffre des répressions du gouvernement et d'une grande insécurité dans tout le pays.

Deux fois reportées depuis 2016, les élections prévues le 23 décembre 2018 en République démocratique du Congo (RDC) doivent permettre de choisir le prochain président et les parlementaires au niveau national et provincial. Fin novembre s’ouvre la campagne présidentielle dans un climat tendu et chaotique, avec une opposition divisée et un processus électoral qui suscite doutes et méfiance. Plusieurs cas de violations des droits humains ont été constatés lors des manifestations publiques et la répression politique est de plus en plus forte, avec des arrestations arbitraires, des détentions et des recours à la torture.

 

En fin de mandat depuis fin 2016, le président Kabila s’est maintenu au pouvoir en contournant la Constitution. Annonçant avoir renoncé à briguer un troisième quinquennat, Kabila a désigné en août Emmanuel Ramazani Shadary pour représenter la majorité, un ancien ministre inscrit sur la liste des sanctions de l’Union européenne pour son implication dans des massacres de civils. Alors que le 11 novembre à Genève un candidat unique avait été désigné par les sept leaders de l’opposition, deux d’entre eux ont retiré leur signature de l’accord dès le lendemain.

 

Le processus électoral annoncé est très critiqué. L’opposition dénonce l’existence de « 10 millions d’électeurs fictifs » dans le fichier électoral, elle considère les machines à  voter comme « des machines à tricher » et estime que la Commission électorale chargée de superviser les opérations (CENI) manque de transparence (voir le rapport du Groupe d’étude sur le Congo d’octobre 2018.)

 

Durant cette année de préparation des élections, la société civile a organisé régulièrement des manifestations pour dénoncer les tactiques de Kabila. Ces manifestations ont été interdites ou brutalement réprimées et des cas de violations des droits humains ont été constatés. Pendant le premier trimestre de l’année 2018, il y a eu, lors de manifestations publiques, 15 morts dont 14 par balles, 226 blessés et 396 interpellés par la police (voir le rapport de Justice et Paix Congo du 15 mai 2018).

 

Selon le dernier rapport du 19 novembre 2018 de la Commission Justice et Paix (pas encore disponible en ligne mais cité par Actualités.cd ), les incidents survenus lors des manifestations entre avril et octobre 2018 ont fait cinq morts, 91 blessés et 362 interpellations. Des opposants politiques et des défenseurs des droits humains ont été arbitrairement arrêtés et poursuivis pour des motifs politiques, à l’instar de militants du mouvement Filimbi (voir Amnesty International .). Le 3 septembre, lors de rassemblements contre l’utilisation d’un système de vote électronique, au moins 23 manifestants pacifiques ont été blessés, et 89 autres ont été arrêtés (voir l’article d’Amnesty International .)

 

Les abus de la part des forces de l’ordre s’intensifient à mesure que les élections approchent. Selon l’organisation britannique Freedom from Torture, les forces gouvernementales se servent de la torture «pour écraser la contestation» et «réduire au silence» les opposants. Dans son rapport de novembre 2018, l’ONG explique que les militants politiques et toutes les personnes perçues comme ayant défié les autorités sont régulièrement arrêtés et torturés en toute impunité, par la police, l’armée et les agences de renseignements.

 

L’insécurité est persistante et même croissante dans plusieurs provinces, aggravée par la multiplicité de groupes armés. Le rapport de juillet 2018 du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme montre que dans le Kivu et le Kasaï, les forces de sécurité de la RDC restent les principales responsables d’atteintes aux droits humains.

 

Insécurité, problématiques logistiques et de financements, absence de véritable alternative politique pour les congolais, mise à l’écart des observateurs étrangers et de l’ONU, autant de signaux inquiétants qui peuvent faire craindre un nouveau report des élections, comme cela a été décidé à plusieurs reprises depuis la fin du mandat de Kabila en 2016, et qui pourrait entrainer une crise majeure et l’intensifications des violations des droits de l’homme en RDC.

 

Crédits photos :

©UNHCR / Susan Schulman / Photo de 2006